Les maladies inflammatoires chroniques intestinales – Une rémission durable grâce aux compléments et à l’alimentation
by: Kelly Brown, B.Sc., N.D.
Clinic One
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Les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) sont des inflammations étendues de l’appareil digestif entrainant de multiples symptômes, dont le plus souvent une diarrhée chronique. Les MICI sont caractérisées par des phases d’accentuation pendant lesquelles les symptômes se manifestent. Deux affections intestinales distinctes sont regroupées sous l’appellation de MICI : la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (RH). Ces maladies sont toutes deux des inflammations étendues de l’appareil digestif, mais peuvent se distinguer par des symptômes différents. La maladie de Crohn est intermittente et se manifeste à certaines périodes de la vie. Elle se développe initialement le plus souvent entre vingt et trente ans, et revient vers la fin de la quarantaine ou le début de la cinquantaine. La maladie de Crohn apparait dans 80% des cas dans l’intestin grêle et se répand ensuite inégalement dans les intestins, certaines zones ne présentant aucun signe d’inflammation. Elle entraine souvent des fistules ou des abcès, sortes de perforations dans les intestins. En raison de l’inflammation, qui provoque des diarrhées, l’absorption des aliments diminue (1). La rectocolite hémorragique est également une inflammation, mais localisée dans le côlon. Elle apparait toujours dans le rectum avant de s’étendre vers le haut. L’inflammation de la paroi du côlon y produit des ulcères, entrainant des diarrhées hémorragiques. La maladie de Crohn comme la RH occasionnent des crampes et des douleurs abdominales.
| Présence de fistules | Pas de fistules. Ulcères |
| Diarrhées et crampes abdominales | Diarrhées hémorragiques et crampes abdominales |
| Se produit dans la partie supérieure du système digestif | Se produit dans le côlon |
| Inflammation irrégulière | Inflammation uniforme |
Ces deux affections, entrainant divers troubles gastro-intestinaux, forment donc les MICI. Celles-ci peuvent déterminer plusieurs affections non intestinales. La mauvaise absorption des nutriments conduit à des carences en minéraux comme le fer (anémie), la vitamine B12, le magnésium et/ou le calcium, pouvant provoquer de multiples problèmes de santé, tels qu’une fatigue extrême. L’arthrite et l’inflammation peuvent être des conséquences d’une MICI, et concerner, entre autres, les principales articulations, les yeux ou l’estomac. Des troubles hépatiques se produisent également chez 3 à 5% des patients (1). Le traitement d’une MICI implique une médication agissant sur les symptômes et diminuant l’inflammation. Le traitement symptomatique inclut des analgésiques tels que le paracétamol (Tylenol ®), et deux types de médicaments contre la diarrhée. L’arthrite ou l’inflammation oculaire se traitent séparément. Un gastroentérologue pourra aussi prescrire d’autres médicaments anti-inflammatoires et immunosuppresseurs spécifiques, tels que des corticostéroïdes et de l’acide 5-aminosalicylique. Les immunosuppresseurs sont destinés aux patients qui ne réagissent pas aux corticostéroïdes (1). La médecine naturopathique peut être extrêmement bénéfique aux patients souffrant d’une MICI. Plantes anti-inflammatoires, supplémentation et conseils alimentaires et de mode de vie sont utilisés pour le traitement. Les études sur les MICI se développent rapidement, notamment la recherche sur l’alimentation et le mode de vie.

Les probiotiques
Les probiotiques retiennent depuis peu toute l’attention des médias. Les publicités pour les yaourts ou les compléments alimentaires en font des solutions à tous les problèmes intestinaux. Les probiotiques sont, pour l’essentiel, les « bonnes » bactéries qui vivent dans nos intestins. Au sein de notre système digestif, les bactéries servent à décomposer les aliments pour en extraire les nutriments qui vont être utilisés par les intestins et dans tout l’organisme, ou qui seront éliminés (2). Les probiotiques de l’appareil digestif participent également à l’activité immunitaire et aident à réduire l’inflammation. Ils agissent en favorisant la sécrétion (propagation des nutriments) et la fonction de barrière (protection contre les infections) du tissu intestinal, et par leurs effets antibactériens. Les probiotiques permettent aussi d’atténuer les effets inflammatoires de certaines cellules, appelées cellules T, présentes dans l’inflammation des MICI (3). Les compléments probiotiques comportent une ou plusieurs souches bactériennes différentes. Les plus courantes sont Acidophilus lactobacillus et Bifidobacterium. Un probiotique combiné est la meilleure façon de traiter une MICI, l’utilisation d’un probiotique ne contenant qu’un seul type de bactérie pouvant ne pas suffire. La supplémentation en Bifidobacterium aide à la rémission de la colite ulcéreuse et à prévenir les rechutes (4). Des études préliminaires révèlent que la supplémentation en Bifidobacterium serait plus efficace qu’un traitement conventionnel seul pour lutter contre la rectocolite hémorragique. De nombreuses études se sont aussi intéressées à la supplémentation en Lactobacillus dans le traitement des MICI. Une petite étude portant sur 20 patients a montré qu’une combinaison probiotique de bactéries contenant Lactobacillus apportait une rémission chez 15 d’entre eux (5). Dans une autre étude, 77% des patients atteints d’une MICI ont connu une induction de rémission après supplémentation avec un probiotique combiné (6), ce qui signifie que la supplémentation, commencée alors qu’ils éprouvaient des symptômes aigus, a entrainé une rémission. Sur la base de ces données, on ne peut que conseiller aux patients atteints de MICI de prendre un probiotique contenant du Lactobacillus et du Bifidobacterium à fortes doses. Ils pourront ainsi rester en rémission et réduire la nécessité d’avoir recours aux médicaments.
Les anti-inflammatoires naturels
Les deux anti-inflammatoires les plus courants en médecine naturopathique sont les huiles de poisson (acides gras oméga 3) et la quercétine. Ces deux compléments sont utilisés pour réduire l’inflammation intestinale chez les patients atteints de MICI.

Les huiles de poisson
Les huiles de poisson sont, comme les probiotiques, des compléments très appréciés. Elles sont d’ailleurs utilisées depuis un certain temps, puisque la plupart des baby-boomers se souviennent des compléments d’huile de foie de morue de leurs grands-parents. L’achat et l’utilisation d’huiles de poisson pour le traitement de maladies peuvent se révéler problématiques. Il existe beaucoup de produits sur le marché, certains mettant en avant leur contenu en oméga 3, les autres en oméga 3, 6 et 9. Dans le cas des MICI, les études montrent que l’utilisation d’huile de poisson contenant seulement des omégas 3 peut avoir de nombreux effets positifs. Les acides gras oméga 3 sont des dérivés des huiles de poisson. Dans une étude sur 78 patients atteints de la maladie de Crohn, l’huile de poisson a permis de réduire le niveau d’inflammation en diminuant ce qu’on appelle les prostaglandines inflammatoires. Celles-ci tendent à être en plus grand nombre chez les patients atteints de la maladie de Crohn (7), augmentant par là l’inflammation intestinale. Les omégas 3 dérivés des huiles de poisson aident à réduire le taux de prostaglandines, et sont d’une efficacité bien établie pour le traitement des MICI.
La quercétine
La quercétine est un pigment végétal présent dans plusieurs plantes et aliments, comme par exemple les oignons, le millepertuis, le vin rouge et le ginkgo biloba. Il s’agit d’un flavonoïde, une structure moléculaire qui permet de réduire l’inflammation dans de nombreuses maladies. La quercétine contient en particulier des enzymes qui aident à diminuer l’inflammation dans l’organisme. Elle est utilisée comme anti-inflammatoire systémique fiable dans la plupart des pathologies inflammatoires (8). Dans la rectocolite hémorragique, l’inflammation entraine l’activation de cellules appelées mastocytes – ce qui ne se produit d’ailleurs pas dans la malade de Crohn. Les mastocytes accentuent les lésions intestinales. La quercétine a été étudiée pour sa capacité à stabiliser les mastocytes et à éviter ainsi qu’ils dégradent le revêtement intestinal (2,9). La quercétine permet une inversion des effets inflammatoires et la guérison des lésions intestinales (10). Il est démontré que la quercétine peut jouer un rôle majeur dans le traitement des MICI. La prise de compléments de quercétine à forte dose avant les repas aidera les patients à obtenir de bons résultats dans le traitement des MICI.

L’alimentation
L’alimentation est un « traitement » complémentaire à prendre en compte dans la mesure où les MICI se produisent dans le tractus intestinal, tout comme la digestion des aliments. Il s’agit d’un moyen fiable et économique de rester en état de rémission. Quelques choix alimentaires ont été étudiés en rapport avec les MICI. Les recherches les plus récentes portent sur la suppression du gluten de l’alimentation. Le gluten est une protéine présente dans le blé, qui se retrouve dans le pain, les pâtes et les pâtisseries, mais aussi dans les vinaigrettes industrielles, la sauce de soja, les viandes transformées, et beaucoup d’autres produits. Une étude a été récemment menée sur 1647 participants atteints d’une maladie inflammatoire chronique intestinale. Parmi ce grand nombre de patients qui ont essayé un régime sans gluten, la majorité a connu une amélioration ou une rémission (11). Une autre étude a mis en œuvre un régime par élimination pour observer combien de temps la maladie de Crohn pouvait rester en rémission. Les régimes par élimination concernent les aliments qui provoquent des intolérances. Il s’agit le plus souvent du blé, des laitages, des œufs et du maïs. Par élimination de certains aliments, une rémission à long terme a été obtenue chez un tiers des participants de l’étude (12). Les effets du régime alimentaire sur la rectocolite hémorragique ont également été étudiés chez 191 patients. Une alimentation riche en alcool et en viandes transformées a été associée à une plus forte probabilité de rechute de la RH (13). L’élimination du gluten, de l’alcool, des viandes transformées et de tout aliment provoquant une intolérance facilitera le traitement des MICI. Un médecin naturopathe pourra vous aider à déterminer les choix alimentaires et de mode de vie appropriés.
Conclusion
On sait que l’alimentation et le mode de vie occidentaux contribuent au développement des MICI en Amérique du Nord, au Royaume-Uni, et dans les pays scandinaves (2). Les facteurs génétiques auraient aussi une influence sur ces pathologies, la maladie de Crohn semblant davantage liée à ces facteurs que la rectocolite hémorragique (1). La médecine naturopathique peut jouer un rôle majeur dans la prise en charge et la rémission des MICI. Comme nous l’avons vu, la supplémentation et l’alimentation peuvent avoir un impact. Une bonne flore bactérienne intestinale, qui s’obtient par une supplémentation avec les probiotiques adaptés, réduit les inflammations et permet de plus longues périodes de rémission. Les huiles de poisson sont également bien connues pour permettre une diminution de l’inflammation dans l’organisme et en particulier dans l’appareil digestif des personnes atteintes de MICI. La quercétine est un autre traitement important pour réduire l’inflammation et ses séquelles intestinales. Enfin, notre article a évoqué le régime par élimination comme traitement des MICI, certains choix alimentaires permettant d’obtenir des rémissions à long terme. En raison du développement croissant des MICI, il est important de consulter un médecin pour le diagnostic de cette maladie. Si vous éprouvez des symptômes tels que : crampes abdominales, sang dans les selles, fatigue due à une mauvaise absorption, perte de poids, perte d’appétit et/ou fissures rectales, consultez votre médecin. La recherche sur les MICI progresse en permanence et de nouvelles études sont publiées sur les compléments et les choix alimentaires pour explorer les causes de la maladie et aider à sa prise en charge. Si un diagnostic de MICI est établi, une rémission pourra s’obtenir avec l’aide de votre généraliste ou d’un médecin naturopathe, et le soutien de votre famille et de vos amis.
References
1. Beers, Mark; et al. “The Merck Manual of Diagnosis and Therapy” Eighteenth Edition. 2006; 149-159.
2. Prousky, Jonathan. “Principle and Practices of Naturopathic Clinical Nutrition” First Editon. 2008; 161-167.
3. Boirivant M, Strober, W. “The Mechanism of action of probiotics” Curr Opin Gastroenterol. 2007; 23:679-92.
4. Ishikawa, H.; et al. “Randomized controlled trial of the effect of bifidobacteria-fermented milk on ulcerative colitis” J Am Coll Nutr. 2003 Feb; 22 (1):56-63.
5. Gionchetti, P; et al. “Impact on the composition of the faecal flora by a new probiotic prepration: preliminary data on maintenance treatment of patients with ulcerative colitis” Aliment Pharmacol Ther. 1999 Aug: 13 (8):1103-8.
6. Bibiloni, R; et al. “VSL #3 probiotic-micture induces remission in patients with active ulcerative colitis” Am J Gastroenterol. 2005 Jul; 100 (7):1539-46.
7. Belluzi. A; et al. “Effect of an enteric-coated fish oil preparation on relapses in Crohn’s disease” N Engl J Med. 1996; 334: 1557-60.
8. Hoffmann, David. “Medicinal Herbalism, The Science and Practice of Herbal Medicine” 2003; 100-105.
9. Raithel, M; et al. “Release of mast cell tryptase from human colorectal mucosa in inflammatory bowel disease” Scand J Gastroenterol. 2001; 36:174-79.
10. Dodda, D; et al. “Protective effect of quercetin against acetic acid induced inflammatory bowel disease (IBD) like symptoms in rats: Possible morphological alterations” Pharmacol Rep. 2013. Feb; 66(1): 169-73.
11. Herfarth, et al. “Prevalance of a Gluten-free diet and improvement of clinical symptoms in patients with inflammorty bowel disease” Inflammatory bowel Disease. 2014 May 23. (Epub ahead of print)
12. Candy, S; et al. “The value of an elimination diet in the management of patients with ulcerative colitis” S Afr Med J. 1995;85:1176-79.
13. Jowett , St; et al. “Infulence of dietary factors ont he clinical course of ulcerative colitis: a prospective cohort study” Gut 2004;53: 1479-84.