La carence en progestérone – Une épidémie hormonale
by Heather Robinson, ND
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Introduction

La progestérone est une merveilleuse hormone. Elle est importante pour la fécondité, puisqu’elle contribue au bon déroulement de la grossesse, mais elle est aussi très importante pour toutes les femmes qui ne sont pas enceintes. Le manque de progestérone est un phénomène que je rencontre souvent dans ma pratique, et qui touche des femmes de tout âge, depuis l’adolescence jusqu’à la ménopause. Pour quelle raison ?
La progestérone est une hormone stéroïde issue de la prégnénolone (synthétisée à partir du cholestérol). Après l’ovulation, le corps jaune se forme dans les ovaires, où il produit de la progestérone, ce qui signifie qu’une femme doit ovuler pour disposer de cette hormone en quantité suffisante. Lors d’un cycle « normal » (de 28 jours, avec ovulation vers le 14ème jour), le taux de progestérone augmente régulièrement jusqu’au début des règles suivantes. Une carence en progestérone se traduit souvent par un raccourcissement de la phase lutéale (1). Celle-ci se situe entre l’ovulation (au 14ème jour) et les règles, et dure donc généralement de 12 à 15 jours (1). Le taux de progestérone augmente au cours de la seconde moitié du cycle pour renforcer l’endomètre ou, plus simplement, pour contenir les règles. Les symptômes d’un manque de progestérone peuvent être des saignements intermenstruels, des règles abondantes, des troubles du sommeil, une menstruation irrégulière (notamment la phase lutéale) ou un SPM (syndrome prémenstruel) (2). Ces symptômes peuvent sembler familiers aux femmes qui approchent de la ménopause, puisque la progestérone est la première hormone à diminuer (3). C’est aussi un scénario courant chez des femmes jeunes, même si elles n’éprouvent qu’un ou deux de ces symptômes.
Pourquoi la progestérone est-elle importante ?
- Humeur : Le SPM se manifeste généralement par un état de morosité, d’anxiété ou d’irritabilité environ une semaine avant les règles. Ce qui correspond à la période où le taux de progestérone devrait être élevé. Le manque de progestérone, une hormone qui calme et régule naturellement le système nerveux, peut donc expliquer l’apparition de ces symptômes (4).
- Sommeil : Les troubles du sommeil (réveil, agitation) sont l’un des problèmes majeurs liés à la ménopause, dus entre autres à une chute de progestérone. Tout comme elle affecte l’humeur, celle-ci a un effet sédatif sur le corps, qui permet un sommeil plus profond et reposant (5).
- Équilibre des œstrogènes : Faute de progestérone, les œstrogènes provoquent des symptômes tels que rétention d’eau, fibromes utérins, mastose et maux de tête, liés au cycle menstruel. Un taux correct de progestérone réduit le risque de cancers associés aux œstrogènes, tels que le cancer du sein et celui de l’endomètre (6).
- Neuromodulation et neuroprotection : La progestérone fait partie des neurostéroïdes en raison de son rôle dans la myélinisation (7). Cette question devient critique si une femme, après la ménopause, commence à présenter des troubles cognitifs.

Il convient de noter que les progestatifs, des progestérones de synthèse, ne se comportent pas comme la véritable hormone. Ils n’ont donc pas les mêmes propriétés neuroprotectrices, de modulation inflammatoire et de régulation du sommeil. On trouve des progestatifs dans certaines pilules (contraceptifs oraux).
Les raisons du manque de progestérone
Approche naturopathique
Pour rester en phase avec la philosophie de la médecine naturopathique, il convient d’identifier la racine d’un mal afin de trouver le traitement approprié. Les symptômes nous en apprennent beaucoup sur le profil hormonal d’une personne, mais ne suffisent pas pour avoir toute l’information. Les analyses de laboratoire peuvent être très utiles en ce qui concerne les hormones et leur profil complet. Le test « DUTCH » (test hormonal complet à base d’urine déshydratée) décompose les métabolites des processus hormonaux pour savoir si l’on a affaire à une carence en progestérone absolue ou relative, une pathologie surrénale, un SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) ou une anovulation, ou s’il faut étudier la thyroïde de manière plus approfondie.
Voici quelques solutions naturopathiques courantes supplémentaires :
- Gattilier (Vitex agnus-castus) : Le gattilier est une plante progestogène utile dans certains cas de SOPK et d’anovulation (11). Avant d’y avoir recours, il est préférable de connaitre deux autres paramètres d’analyse : le taux de LH (hormone lutéinisante) et de FSH (hormone folliculo-stimulante). Le gattilier stimule l’ovulation et est donc parfait pour celles dont le taux de LH est faible par rapport à celui de FSH. Si le taux de LH est élevé, augmenter l’ovulation serait plus nocif qu’autre chose. Dans ce cas, la réglisse et la pivoine sont préférables (10).
- Vitamines et minéraux : L’iode, le magnésium, le zinc, la vitamine D et certaines vitamines B (10) favorisent la bonne synthèse hormonale. Le magnésium et la vitamine B5 sont primordiaux pour l’activité surrénale. La vitamine B6 est nécessaire à de nombreux processus de détoxification pour débarrasser l’organisme de l’excès d’œstrogènes. L’iode est indispensable pour beaucoup de tissus, et particulièrement important pour la conversion de l’hormone thyroïdienne. Le zinc contribue à équilibrer le métabolisme de la testostérone, qui affecte à son tour la progestérone.
- Nutrition : S’assurer de l’approvisionnement en bonnes graisses et protéines pour la production hormonale, et d’un apport calorique suffisant pour les besoins énergétiques de la personne. Et, selon la nature du SOPK, des glucides pour l’activité thyroïdienne OU un régime paléo en cas de SOPK vraiment insulinorésistant (10).
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- Légumes crucifères et DIM : Si le profil hormonal montre une dominance des œstrogènes, un support hépatique et intestinal léger permet d’éliminer les œstrogènes nocifs pour rééquilibrer le rapport œstrogènes/progestérone.
- Plantes adaptogènes : Des plantes telles que la withania, la rhodiola, le magnolia et la réglisse peuvent aider au rééquilibrage du cortisol si le taux de progestérone est trop faible en raison du stress. Comme nous l’avons vu, excès de cortisol et manque de progestérone sont liés.

Conclusion
La progestérone est une hormone-clé, non seulement pour la fécondité, mais aussi pour la santé des femmes en général. Celles-ci présentent souvent, à tous les âges, une carence en progestérone qui se manifeste par des saignements intermenstruels, des règles abondantes, des troubles du sommeil, des menstruations irrégulières (notamment la phase lutéale) et des SMP. La seule façon de produire cette hormone en quantité suffisante (sauf pour les femmes enceintes ou ménopausées) est l’ovulation. C’est une étape cruciale du cycle féminin, aussi importante que les règles elles-mêmes. L’analyse hormonale constitue un moyen utile pour connaitre son profil hormonal complet, puisque de nombreux facteurs peuvent contribuer à une carence en progestérone ; elle pourra aider à identifier l’origine de cette carence. Il existe de nombreuses options naturopathiques pour corriger une carence en progestérone, mais chaque traitement devra être unique, et adapté aux caractéristiques sous-jacentes de la personne.
Références
- Knudtson, Jennifer, and Jessica E McLaughlin. “Menstrual Cycle – Women’s Health Issues.” Merck Manuals Consumer Version, Merck Manuals, 2019, www.merckmanuals.com/en-ca/home/women-s-health-issues/biology-of-the-female-reproductive-system/menstrual-cycle.
- Dysfunctional uterine bleeding. In: Speroff L, Glass RH, Kase NG, eds. Clinical gynecologic endocrinology and infertility. 5th ed. Baltimore: Williams & Wilkins, 1994:531–46.
- Bayer SR, DeCherney AH. Clinical manifestations and treatment of dysfunctional uterine bleeding. JAMA. 1993;269:1823–8.
- Baker, E.R. et al. Efficacy of Progesterone Vaginal Suppositories in Alleviation of Nervous Symptoms in Patients with Premenstrual Syndrome. J Assist Reprod Genet. 1995 Mar;12(3):205-9.
- Jehan, S. et al. Sleep Disorders in Postmenopausal Women. J Sleep Disord Ther. 2015 Aug;4(5):1000212.
- Dhar, Veena, and Beverley E. Pearson Murphy. « Double-blind randomized crossover trial of luteal phase estrogens (Premarin®) in the premenstrual syndrome (PMS). » Psychoneuroendocrinology 15.5-6 (1990): 489-493.
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Front. Neurosci., 08 February 2012 | https://doi.org/10.3389/fnins.2012.00010
Progesterone synthesis in the nervous system: implications for myelination and myelin repair. Michael Schumacher1*, Rashad Hussain1, Nathalie Gago1†, Jean-Paul Oudinet1, Claudia Mattern2and Abdel M. Ghoumari1 - Datta, M., et al. « Thyroid hormone stimulates progesterone release from human luteal cells by generating a proteinaceous factor. » Journal of Endocrinology 158.3 (1998): 319-325.
- Chinedum, Onyenekwe Charles, et al. « Effect of Pre and Post Academic Examination Stress on Serum Level of Cortisol and Progesterone Circulation amongst Students of Nnamdi Azikiwe University Nnewi Campus Anambra State, Nigeria. »
- Briden, Lara. Period Repair Manual: Every Woman’s Guide to Better Periods. Macmillan, 2018.
- Wuttke, W., et al. « Chaste tree (Vitex agnus-castus)–pharmacology and clinical indications. » Phytomedicine 10.4 (2003): 348-357.