Implantation d’Embryon – Rôle de l’Inflammation
by Dr. Sarah DiMunno, ND
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Introduction

L’inflammation est à l’heure actuelle décrite dans les médias comme ayant une influence négative sur la santé – mais c’est justifié. L’inflammation est liée à beaucoup de processus pathologiques, surtout dans le cas des maladies auto-immunes comme la maladie de Crohn, l’arthrite et l’asthme [1]. Il est facile d’oublier que la réponse inflammatoire, faisant partie du système immunitaire, est un processus d’adaptation favorisant la guérison. La réponse inflammatoire se compose d’une séquence de réactions impliquant les cytokines, les neutrophiles, les molécules d’adhérence cellulaire, etc., induisant le remodelage du tissu affecté [1]. Il a été suggéré que le rôle de l’inflammation dans l’implantation d’embryon est nécessaire et augmente les chances de conception réussie.
Implantation
L’implantation produit un microtraumatisme quand la couche externe de l’embryon pénètre dans l’endomètre [1]. Une implantation peut seulement être réussie quand l’utérus est réceptif pendant la fenêtre d’implantation (FI), aussi appelée phase sécrétoire du cycle menstruel (jours 19 à 23). Un certain nombre de changements chimiques et cellulaires se produisent dans l’endomètre pendant cette phase, comme l’expression de cellules immunitaires et le développement de microvillosités pour favoriser la fixation, confortant l’importance d’un rôle inflammatoire [2].
La science a pu contourner beaucoup de problèmes de reproduction grâce au développement de la fécondation in vitro; mais l’implantation est restée une étape cinétiquement limitante de réussite, avec plus de 50% d’échecs des implantations humaines [2]. Une étude a examiné le rôle de la blessure mécanique de l’endomètre dans l’amélioration de la réceptivité utérine. Elle a découvert que lorsque des biopsies de l’endomètre étaient effectuées pendant le cycle précédant la FIV ou le cycle actuel de la FIV, cela améliorait les taux de réussite d’implantation, de grossesse clinique et de naissance vivante [2].
Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS)
Les AINS font partie des médicaments les plus couramment utilisés dans le monde, conçus exclusivement pour supprimer le processus inflammatoire. Le risque lié à la consommation d’AINS sur la reproduction humaine n’a pas été étudié en détail. Cependant, il a été démontré que l’utilisation d’indométacine (anti-inflammatoire) au moment de l’implantation, ou peu avant ou après, empêche partiellement ou totalement l’implantation chez les rats, les souris, les hamsters et les lapins [3]. Les auteur(e)s suggèrent que cela est dû à l’effet de l’indométacine sur la réduction des prostaglandines inflammatoires normalement libérées au site d’implantation [3]. La recherche a aussi découvert que le diclofénac anti-inflammatoire, quand il est injecté une heure avant le pré-transfert, inhibe significativement l’implantation et la placentation [4].

Ces répercutions peuvent aussi être constatées plus tard au niveau des résultats gestationnels. Une étude de cohorte a analysé l’utilisation prénatale d’AINS chez les femmes au moment de la conception / pendant la grossesse et les taux de fausses couches. Dans cette étude, la consommation prénatale d’AINS a été associée à une augmentation de plus de 80% du risque de fausse couche [5]. L’association était encore plus forte quand les AINS étaient pris pendant la période de conception, ou pris pendant plus d’une semaine [5]. L’étude fournit des données probantes pour supporter le rôle positif de l’inflammation sur la conception, et souligne le besoin d’études supplémentaires sur ce sujet.
Anti-Inflammatoires Naturels
Beaucoup de médicaments naturels agissent de manière similaire aux anti-inflammatoires pharmaceutiques pour réduire l’inflammation dans le corps. Des plantes comme le curcuma et le gingembre sont connues pour leurs propriétés anti-inflammatoires et se sont révélées aussi efficaces que les produits pharmaceutiques. Par exemple, une étude a comparé l’utilisation d’extrait de curcuma et d’ibuprofen pour le traitement de l’arthrose du genou et n’a trouvé aucune différence en termes d’efficacité et d’innocuité [6]. Si ces médicaments à base de plantes ont des effets similaires aux AINS sur le corps, devrait-on s’inquiéter de leur usage et de l’influence négative qu’ils ont aussi sur l’implantation ?
Chen et Chan ont mené une étude pour examiner cette question. Les auteurs ont traité des souris avec 20 µM de curcumine pendant une maturation in vitro et trouvé que le rapport d’implantation d’embryons était bien plus faible (30%) que celui observé chez le groupe témoin n’ayant pas reçu de curcumine [7]. En fait, les ovocytes ayant reçu de la curcumine pendant la maturation ont entraîné une résorption augmentée après implantation et un poids plus faible à la naissance [7]. De plus, une étude alternative a effectué une revue sur la supplémentation en oméga-3 et l’inflammation dans le placenta [8]. Les auteurs de cette étude ont trouvé que les niveaux de médiateurs pro-inflammatoires maternels baissent avec la consommation d’oméga-3, suggérant également que les anti-inflammatoires naturels peuvent aussi impacter négativement la réussite d’une implantation.
Conclusion

Il est évident que le rôle inflammatoire est nécessaire au processus d’implantation. Comme nous l’avons vu dans cet article, beaucoup d’AINS se révèlent préjudiciables au succès de l’implantation et l’arrêt de leur consommation devrait être envisagée. Une hypothèse suggère que la variabilité de l’impact des anti-inflammatoires sur l’implantation est due au ciblage de voies inflammatoires alternatives. Une analyse plus poussée sur des produits pharmaceutiques spécifiques et leur mécanisme d’action est donc nécessaire. C’est aussi le cas pour les anti-inflammatoires naturels. Cependant, selon la revue ci-dessus et en attente de recherche plus poussée sur l’influence des anti-inflammatoires naturels sur l’implantation, leur usage devrait être limité ou arrêté pendant la fenêtre d’implantation (jours 19 à 23 du cycle).
Il est important de faire la différence entre la cascade pro-inflammatoire qui se produit pendant l’implantation et l’inflammation qui survient en réponse à un processus pathologique. Les recommandations ci-dessus n’incluent pas le traitement de maladies auto-immunes ou de l’inflammation causée par un mode de vie malsain.
Références
- Barrett, K., Barman, S., Boitano, S. and Brooks, H. (2015).Ganong’s Review of Medical Physiology 25th Edition. New York: McGraw-Hill Medical Publishing Division
- Dekel, N., Gnainsky, Y., Granot, I., Racicot, K. and Mor, G. (2014). The role of inflammation for a successful implantation. American Journal Reproductive Immunology, (72), pp.141-147
- Wang, X., Su, Y., Deb, K., Raposo, M., Morrow, J., Reese, J. and Paria, B. (2004). Prostaglandin E2Is a Product of Induced Prostaglandin-endoperoxide Synthase 2 and Microsomal-type Prostaglandin E Synthase at the Implantation Site of the Hamster. Journal of Biological Chemistry, 279(29), pp.30579-30587.
- Carp, H., Fein, A. and Nebel, L. (1988). Effect of diclofenac on implantation and embryonic development in the rat. European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, 28(3), pp.273-277.
- Li, D. (2003). Exposure to non-steroidal anti-inflammatory drugs during pregnancy and risk of miscarriage: population based cohort study.BMJ, 327(7411), pp.368-0.
- Kuptniratsaikul, V., Thanakhumtorn, S., Chinswangwatanakul, P., Wattanamongkonsil, L. and Thamlikitkul, V. (2009). Efficacy and safety of Curcuma domestica extracts in patients with knee osteoarthritis. Journal of Alternative Complementary Medicine, 15(8), pp.891-897.
- Chen, C. and Chan, W. (2012). Injurious Effects of Curcumin on Maturation of Mouse Oocytes, Fertilization and Fetal Development via Apoptosis. International Journal of Molecular Sciences, 13(12), pp.4655-4672.
- Leghi, G. and Muhlhausler, B. (2016). The effect of n-3 LCPUFA supplementation on oxidative stress and inflammation in the placenta and maternal plasma during pregnancy. Prostaglandins, Leukotrienes and Essential Fatty Acids (PLEFA), 113, pp.33-39.