Ronflement et Apnée Obstructive du Sommeil de l’Enfant – Approches Naturopathiques
by : Sarah King, ND
Upper Beach Health & Wellness
1937 Gerrard St E
Toronto, ON, M4L2C2
Les problèmes de sommeil sont très courants chez les enfants. Il arrive souvent que les enfants entre 2 et 8 ans ronflent ou aient des difficultés à respirer, ce qui peut être un signe d’apnée obstructive du sommeil (AOS) [1]. La raison principale est la taille des végétations adénoïdes et/ou des amygdales par rapport au diamètre des voies respiratoires supérieures à ce stade du développement physique [1]. Les conséquences vont au delà d’un sommeil « bruyant », car l’apnée peut induire une hypoxie intermittente (manque d’apport en oxygène) qui provoque des problèmes comportementaux et neurocognitifs chez les enfants [1]. Le traitement de référence dans la plupart des cas est l’intervention chirurgicale pour enlever les végétations adénoïdes et/ou les amygdales. Cependant, des soins respiratoires continus sous forme de nutriments clés, de modulation du système immunitaire et de myothérapie, peuvent être essentiels pour prévenir la réapparition des symptômes, les infections et les maladies respiratoires.
L’AOS se caractérise par une pression importante qui ferme la voie aérienne supérieure : une pression mineure rétrécit la voie aérienne, mais une pression plus importante peut totalement obturer la voie aérienne [2]. La plupart des causes d’AOS sont structurelles, dues aux végétations adénoïdes et/ou aux amygdales, ou à d’autres problèmes structurels comme des malformations cranofaciales et l’obésité [1]. De plus, l’inflammation et les infections jouent aussi un rôle : l’asthme résulte de l’inflammation des voies aériennes, rétrécissant les bronchioles des poumons. La rhinite allergique et non allergique, la sinusite chronique ou aiguë, sont d’autres exemples d’augmentation de pression et d’inflammation [1].
L’hypertrophie des végétations adénoïdes et/ou des amygdales est plus souvent présente chez les enfants ayant une AOS, la pression pouvant obturer partiellement ou complètement la voie aérienne [1]. Quand les enfants grandissent, ces masses de tissu lymphoïde, qui jouent un rôle dans le système immunitaire, grossissent à un rythme plus rapide que les autres structures des voies respiratoires. C’est plus flagrant entre 3 et 6 ans [3]. Dans ces cas, l’adénoïdectomie, l’amygdalectomie et/ou l’adéno-amygdalectomie, pour enlever chirurgicalement les tissus, restent les meilleurs traitements [1].
D’autres variations physiques peuvent aussi jouer un rôle. Les anomalies dentaires et cranofaciales peuvent entraîner une réduction de l’espace physique dans l’oropharynx postérieur, le site le plus associé à l’obstruction de respiration [3]. L’obésité est aussi un facteur de risque conséquent d’AOS chez les enfants, bien qu’inférieur à l’hypertrophie des amygdales. On a remarqué que pour chaque augmentation d’un kilogramme par mètre carré d’IMC au dessus du cinquième centile, ajusté en fonction de l’âge et du genre, il y a une augmentation de 12% du risque d’AOS [1].
Dans les cas d’obésité, il y a un rétrécissement de la voie aérienne supérieure dû à l’infiltration de graisses aux alentours du tissu mou, ce qui peut augmenter la collapsibilité (prédisposition à se fermer) du pharynx. De même, la graisse viscérale peut empiéter sur la paroi de la cage thoracique, entraînant une capacité résiduelle fonctionnelle pulmonaire réduite. Les enfants obèses sont donc plus susceptibles de faire des épisodes d’hypoxie pendant le sommeil [1].Ces baisses de volume pulmonaire peuvent diminuer la stabilité des voies aériennes, et donc augmenter le risque de collapsus des voies aériennes [1].
Symptômes et Séquelles de l’AOS
L’obstruction partielle ou complète des voies respiratoires chez les enfants a souvent pour conséquence une fragmentation du sommeil, une augmentation de l’effort respiratoire et des altérations des échanges gazeux [1]. Plus communément, les parents ou les personnes soignantes peuvent remarquer que leurs enfants ronflent la nuit, surtout pendant le sommeil paradoxal [1]. Les personnes soignantes peuvent aussi remarquer chez les enfants une agitation pendant le sommeil, des réveils fréquents, une incontinence nocturne et une parasomnie, et/ou elles peuvent effectivement constater des épisodes d’apnée [1].
Quand ils sont réveillés, les enfants peuvent manifester une respiration buccale, une hyponasalité de la parole, une difficulté à se réveiller, des maux de tête matinaux, une somnolence diurne excessive et une tendance à faire la sieste [1]. L’humeur peut aussi être grandement affectée, les enfants présentant des symptômes de déficit de l’attention avec hyperactivité, de comportement agressif et d’impulsivité, et donc des mauvaises performances scolaires [1]. Si ces effets ne sont pas traités, ils peuvent empirer et altérer l’apprentissage et la mémoire, les aptitudes verbales et les capacités d’adaptation [1].
L’hypoxie intermittente due à l’AOS peut avoir des effets préjudiciables sur le corps en augmentant le stress oxydatif (augmentant le besoin de nutriments antioxydants) et les réponses inflammatoires; ce qui a pour résultat d’endommager les cellules. Le système cardiovasculaire est aussi impacté par une augmentation de la vasoconstriction pulmonaire et un dysfonctionnement endothélial. Une étude chez les enfants a montré qu’une conséquence pouvait être l’augmentation de surcharge du ventriculaire gauche [1].
Intervention Chirurgicale et Conséquences
La polysomnographie, une étude sur le sommeil, est la référence pour diagnostiquer les syndromes d’AOS. Une fois le diagnostic confirmé, le traitement chirurgical est souvent recommandé, et il donne de meilleurs résultats que l’attente vigilante [1]. Une étude a passé en revue les résultats à sept mois après opération et a constaté une plus grande diminution des symptômes d’AOS, ainsi qu’une meilleure amélioration des résultats polysomnographiques et comportementaux, par rapport au groupe d’attente vigilante [1]. Plus spécifiquement, les enseignant(e)s et personnes soignantes ont rapporté des améliorations en termes d’agitation, d’impulsivité et de labilité émotionnelle dans le groupe adéno-amygdalectomie précoce par rapport au groupe témoin [4].
Des complications peuvent apparaître suite à n’importe quelle opération chirurgicale, et dans le cas de l’adéno-amygdalectomie, des soins doivent être dispensés pendant la convalescence, car beaucoup d’enfants souffriront de douleurs ou gênes désagréables localisées qui les empêcheront de manger normalement. Les enfants devront sans doute opter pour une alimentation constituée d’aliments mous et/ou liquides, et l’apport en eau doit être constant pour éviter la déshydratation [1].
Il est intéressant de noter que les symptômes peuvent disparaître à long terme chez les enfants suivant une myothérapie pendant la rééducation. Une étude sur des enfants ayant pratiqué des exercices oropharyngiens pendant deux mois après une adéno-amygdalectomie, a montré une réduction de 62% du nombre d’événements apnéiques par heure, comparé au groupe témoin (sans exercices) [2]. Une autre étude a suivi des enfants quatre ans après une adéno-amygdalectomie. Ceux qui avaient suivi une myothérapie et continué à pratiquer sur le long terme n’ont présenté aucun événement d’AOS, comparé aux enfants n’ayant jamais pratiqué ces exercices et présentant des récurrences d’AOS [2].
Soins Complémentaires et Préventifs
Quand l’inflammation et des cas de rhinite allergique jouent un rôle dans l’AOS, les anti-inflammatoires des voies respiratoires supérieures peuvent constituer un traitement utile. Les marqueurs d’inflammation systémique, comme la protéine C-réactive, TNF-alpha, IL-6, IL-8 et d’autres, sont souvent élevés chez les patient(e)s souffrant d’AOS, indiquant un état pro-inflammatoire [1]. Cela peut entraîner une dégradation du collagène de type IV et donc un dysfonctionnement endothélial, qui est associé à la gravité de l’AOS [1]. Le traitement conventionnel peut comprendre des corticostéroïdes sous forme de spray nasal et un anti-inflammatoire appelé montélukast, souvent prescrit comme traitement préventif de l’asthme chez les enfants [1]. Cependant, l’arrêt de ces sprays nasals entraîne souvent une réapparition des symptômes, et les sprays peuvent être difficiles à gérer à long terme. Une médication complémentaire sous forme d’antioxydants, anti-inflammatoires et immunomodulateurs, peut donc jouer un rôle préventif et de soutien.
Soutien Immunitaire et Anti-Inflammatoire des Voies Respiratoires
Si nous savons que l’AOS est plus souvent due à un problème structurel, il existe cependant des moyens pour soutenir un fonctionnement normal du système immunitaire et le réguler. Un déséquilibre des réponses immunitaires Th1 et Th2 peut être présent en cas d’allergies, rhinite, sinusite, asthme, eczéma et problème intestinaux/digestifs. La physiopathologie de la rhino-sinusite chronique comprend une perturbation des muqueuses causée par des allergènes, infections et/ou un dérèglement du système immunitaire [5]. Diminuer les réponses Th2 excessives peut aider à soulager les symptômes des allergies et affections des voies respiratoires supérieures, des traitements complémentaires peuvent donc reposer sur ce principe pour les enfants en attente vigilante, ou après une opération chirurgicale pour ceux qui cherchent à soutenir le système immunitaire et la fonction respiratoire.
Par exemple, l’hypersécrétion de mucus est associée au rhinovirus et au rhume. Une inaptitude à évacuer le mucus en excès contribue à brider la fonction respiratoire. Le gonflement des tissus dans les voies nasales peut bloquer l’écoulement et entraîner une congestion nasale et/ou des sinus, à cause de l’inaptitude à drainer le fluide de l’espace extracellulaire. Améliorer l’écoulement et la fonction respiratoire peut aider à réduire l’intensification de l’AOS, surtout parce que la fonction des adénoïdes et des amygdales est étroitement liée aux réponses du système immunitaire.
Vitamine D
Des études suggèrent que la carence en vitamine D prédispose les patient(e)s aux infections des voies respiratoires, et peut jouer un rôle dans le développement de l’asthme [6]. La vitamine D s’est très souvent avérée avoir un effet immunomodulant. Les récepteurs de la vitamine D se trouvent dans tous les tissus du corps, et ont la capacité d’influencer plusieurs types de globules blancs et d’éléments des systèmes immunitaires inné et acquis [6].
Une méta-analyse de 2013 a montré qu’une supplémentation en vitamine D pouvait être efficace pour prévenir les maladies respiratoires [6], alors qu’une autre étude sur des enfants a trouvé un risque réduit d’intensification de l’asthme avec la vitamine D [7]. Le dosage devrait être prescrit par un médecin ou un(e) docteur(e) en naturopathie, mais en général, la dose tolérable pour les nourrissons et les jeunes enfants se situe entre 1000 UI et 3000 UI, en fonction de l’âge [6]. Les concentrations sériques de vitamine D peuvent aussi être mesurées pour adapter le dosage.
Probiotiques et Vitamine C
Les maladies allergiques ont été fortement liées à une réduction de l’exposition microbienne précoce. Comme les probiotiques affectent la microflore intestinal locale, nous pouvons les utiliser pour influencer la sécrétion de cytokines d’une réponse immunitaire Th2 en augmentant l’activation de cytokines Th1 [8]. Par exemple, les souches Lactobacillus plantarum et Lactobacillus reuteri se sont avérées réduire l’expression de cytokines pro-inflammatoires dans les troubles respiratoires chez des modèles animaux [9].
Une étude sur des enfants de 3 à 6 ans a montré qu’une combinaison de 50 mg de vitamine C et d’un complément de probiotiques multi-souches pouvait réduire l’incidence et la durée des infections des voies respiratoires supérieures [9]. Les résultats indiquent une diminution de l’absentéisme scolaire et des visites imprévues chez le médecin [9].
La vitamine C s’est avérée faire obstacle à la réponse des cytokines pro-inflammatoires dans les monocytes et les lymphocytes des adultes en bonne santé, et elle inhibe la sécrétion d’histamine par les globules blancs [9]. Spécifiquement, nous trouvons que la supplémentation orale de vitamine C conduit à une diminution des concentrations d’histamine dans le sang [5]. La vitamine C est donc un modulateur important dans les maladies allergiques, mais aussi globalement pour les réponses immunitaires.
Conclusion
Bien que l’intervention chirurgicale soit le traitement de référence pour les enfants souffrant d’AOS, des thérapies complémentaires peuvent jouer un rôle important pour empêcher la réapparition des symptômes et protéger la fonction respiratoire globale. En diminuant l’incidence d’infections respiratoires et de l’inflammation des voies aériennes supérieures, nous pouvons aider à soulager la pression sur les voies aériennes et diminuer les symptômes et les séquelles liés à l’AOS. Ces thérapies complémentaires incluent la myothérapie, la supplémentation en antioxydants et anti-inflammatoires et les immunomodulateurs comme la vitamine C, la vitamine D et les probiotiques.
Références
- Li, Z., et al. “Paediatric sleep apnea syndrome: An update” J Allergy Clin Immunol Pract. Vol. 4, No. 5 (2016): 852-61
- Camacho, M., et al. “Myofunctional therapy to treat obstructive sleep apnea: A systematic review and meta-analysis” Sleep. Vol. 38, No. 5 (2015): 669-75
- Schwengel, D.A., et al. “Paediatric obstructive sleep apnea” Anesthesiol Clin. Vol. 32, No. 1 (2014): 337-61
- Marcus, C.L., et al. “A randomized trial of adenotonsillectomy for childhood sleep apnea” N Engl J Med. Vol. 368, No. 25 (2013): 2366-76
- Helms, S., and Miller, A. “Natural treatment of chronic rhinosinusitis” Altern Med Rev. Vol. 11, No. 3 (2006): 196-207
- De Sa Del Fiol, F., et al. “Vitamin D and respiratory infections” J Infect Dev Ctries. Vol. 9, No. 4 (2015): 355-61
- Riverin, B.D., et al. “Vitamin D supplementation for childhood asthma: A systemic review and meta-analysis” PLoS One. Vol. 10, No. 8 (2015): e0136841
- Tang, R.B., et al. “Can probiotics be used to treat allergic diseases?” J Chin Med Assoc. Vol. 78, No. 3 (2015): 154-7
- Garaiova, I., et al. “Probiotics and vitamin C for the prevention of respiratory tract infections in children attending preschool: a randomized controlled pilot study” Eur J Clin Nutr. Vol. 69, No. 3 (2015): 373-9