La santé thyroïdienne – Approches naturopathiques du renforcement de la thyroïde
by: Tanya Lee, H.BSc., N.D.
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Introduction
La glande thyroïde est un organe endocrinien responsable du métabolisme de l’organisme et de régulations fonctionnelles telles que l’utilisation de l’énergie, la température corporelle et le rythme cardiaque. Elle produit en premier lieu l’hormone thyroxine (T4), généralement inactive, qui est ensuite convertie dans sa forme active, la triiodothyronine (T3). Notre hypophyse sécrète une hormone appelée la thyréostimuline (ou TSH, de l’anglais « thyroid stimulating hormone ») qui régule la libération de T4 par la glande thyroïde grâce à un signal en retour négatif : quand le taux d’hormone thyroïdienne est suffisant, un signal est envoyé à l’hypophyse pour arrêter la libération de TSH ; tant que ce taux est trop bas, l’hypophyse libère de la TSH. L’hypothyroïdie est une maladie dans laquelle la glande thyroïde ne parvient pas à produire une quantité suffisante d’hormone thyroïdienne. Cette situation peut être causée par la glande thyroïde elle-même (hypothyroïdie primaire), par l’hypophyse (secondaire) ou par l’hypothalamus (tertiaire), la forme primaire représentant 99% des cas (1). L’hypothyroïdie est présente dans toutes les parties du monde, et constitue aujourd’hui le trouble endocrinien le plus fréquemment observé par les médecins généralistes (2). Elle se caractérise le plus souvent par des symptômes incluant fatigue, sècheresse et froideur cutanée, constipation, ongles fragiles, perte de cheveux et prise de poids, mais dans l’ensemble, les symptômes peuvent être très généraux et vagues. Si elle n’est pas soignée, l’hypothyroïdie peut entraîner une dilatation de la thyroïde, un enrouement, une rétention d’eau, un épaississement de la peau, et contribuer à la dyslipidémie, à l’infertilité, à l’hypertension et aux troubles cognitifs (3). L’hypothyroïdie primaire est généralement diagnostiquée quand on observe un faible taux sanguin d’hormone thyroïdienne T4, et un taux élevé de TSH. Il existe plusieurs causes à l’hypothyroïdie, la plus courante étant la thyroïdite, une inflammation de la thyroïde provoquée par l’auto-immunité, une infection virale, des médicaments, une anomalie congénitale ou un défaut de l’hypophyse (4). Les femmes ont plus de risques d’être atteintes d’hypothyroïdie que les hommes, son incidence augmentant avec l’âge, surtout après 50 ans (1). Quoi qu’il en soit, l’hypothyroïdie ne survient pas du jour au lendemain, et de nombreuses personnes qui souffrent de symptômes d’hypothyroïdie peuvent voir leur taux d’hormone thyroïdienne revenir à la normale.
L’hypothyroïdie subclinique (HSC) est une pathologie dans laquelle certains des symptômes de l’hypothyroïdie se manifestent avec un taux élevé de TSH, mais des concentrations normales de T3 et T4. La prévalence de l’HSC dans la population générale est de 4 à 8% (5), et l’affection peut évoluer vers une hypothyroïdie déclarée dans 2 à 4% des cas chaque année (1). La TSH est donc l’hormone utilisée pour diagnostiquer et surveiller le traitement de l’hypothyroïdie subclinique. La plupart des laboratoires canadiens se basent aujourd’hui pour la TSH sur une valeur de référence comprise entre 0,35 et 5,0 mU/L, mais l’usage est de ne pas traiter l’HSC en-dessous d’un taux de TSH voisin de 10 mU/L (6). Les cliniciens avisés cherchent en général à dépister l’HSC chez les patients entre ces deux valeurs : abaisser la limite supérieure dans le cadre du dépistage chez des patients présentant des symptômes d’hypothyroïdie permet en effet d’initier un traitement de fond pour éviter une évolution vers l’hypothyroïdie déclarée (7,8). Les personnes atteintes d’HSC présentent non seulement des symptômes d’hypothyroïdie, mais également un risque accru d’autres troubles métaboliques tels que maladies cardiovasculaires, stérilité et fausse couche (9,10).
Le traitement habituel de l’hypothyroïdie repose sur l’utilisation d’une hormone T4 de synthèse (thyroxine ou lévothyroxine) (2). C’est un traitement très efficace pour corriger le déséquilibre hormonal de l’hypothyroïdie avec un minimum d’effets secondaires, et stabiliser les taux sanguins de TSH et T4. De nombreux médecins constatent pourtant que leurs patients, même s’ils se sentent mieux pendant le traitement, éprouvent toujours des symptômes d’hypothyroïdie malgré la stabilisation des taux hormonaux.

Les approches naturopathiques des symptômes hypothyroïdiens
Dans la pratique clinique, il est impératif pour un médecin naturopathe d’être à même d’identifier les signes d’un mauvais fonctionnement thyroïdien. Un traitement pourra ensuite être prescrit pour stabiliser et optimiser l’activité thyroïdienne sans recours aux hormones de synthèse. En améliorant l’activité thyroïdienne avant le stade de l’hypothyroïdie, il peut être possible d’éviter les thérapies de remplacement hormonal, en plus d’améliorer les symptômes quotidiens d’un mauvais fonctionnement de la thyroïde. Certains traitements naturopathiques permettent aussi une utilisation conjointe avec une thérapie de remplacement de T4, améliorant son efficacité et aidant à soulager les symptômes à doses minimales.

Les minéraux
La bonne conversion de T4 en T3 nécessite une série de réactions chimiques. Celles-ci sont entrainées par des minéraux, au premier rang desquels l’iode et le sélénium.
L’iode est un minéral absorbé par les cellules thyroïdiennes pour servir de base à la production d’hormones thyroïdiennes. L’iode est incorporé dans les protéines thyroïdiennes, qui passent par une série de réactions chimiques pour aboutir aux T4 et T3. La synthèse des hormones thyroïdiennes ne peut donc se produire si l’iode fait défaut. On sait que la carence en iode est la principale cause d’hypothyroïdie et d’hypothyroïdie subclinique, et qu’elle est en hausse rapide dans les pays développés (11,12). Une étude récente a révélé que la supplémentation préventive en iode chez des enfants atteints d’hypothyroïdie subclinique améliorait leur santé métabolique globale (13). Une autre étude a trouvé que l’administration d’iode sous forme de varech en poudre permettait de restaurer l’activité thyroïdienne et le taux d’iode urinaire (11). L’iode n’étant pas produit par l’organisme, il est donc impératif d’avoir une alimentation bien iodée pour atteindre un taux suffisant. La consommation quotidienne recommandée d’iode est de 150 mcg pour un adulte en bonne santé. Les aliments riches en iode sont notamment les produits de la mer (algues telles que le varech et le petit goémon) et les aliments enrichis comme le sel, les produits laitiers et le pain, bien que ceux-ci ne soient guère conseillés (13). Si l’alimentation comporte peu de ces produits, une supplémentation est recommandée aux personnes éprouvant des symptômes d’hypothyroïdie. Il est toutefois important de consulter un professionnel de santé, compétent pour le dosage de l’iode, une absorption excessive pouvant provoquer des symptômes d’hyperthyroïdie.
Le sélénium est un minéral très utilisé par la glande thyroïde. Il sert aux enzymes thyroïdiennes impliquées dans la conversion de l’hormone T4 en T3, principalement au glutathion peroxydase, à la thiorédoxine, et aux trois iodothyronines désiodases. Le sélénium est aussi un antioxydant qui protège la thyroïde des lésions causées par des radicaux libres comme le peroxyde d’hydrogène, produit par la conversion de T4 en T3. Une carence en sélénium peut entrainer un mauvais fonctionnement de la thyroïde, puisque le manque de sélénium ralentira l’activité enzymatique, ce qui peut aboutir à des troubles chroniques de la thyroïde tels que des inflammations et la production d’anticorps auto-immunes. La carence en sélénium a aussi été associée à une aggravation de la carence en iode (14). Une étude récente a révélé que les adultes souffrant de HSC répondaient de manière positive à une supplémentation en sélénium, avec un taux de TSH inférieur de 31% par rapport aux patients non supplémentés (15). La supplémentation en sélénium semble aussi plus efficace chez les personnes atteintes d’hypothyroïdie due à l’auto-immunité (15,16). Les sources alimentaires de sélénium sont notamment les produits de la mer tels que poisson, Saint-Jacques et crevettes, ainsi que les champignons, les asperges, les graines de moutarde et les produits carnés, notamment la dinde, l’agneau, le poulet et le bœuf. L’apport en sélénium recommandé est actuellement de 55 mcg/jour chez l’adulte (17).
Des études ont montré qu’une supplémentation en iode et en sélénium favorise l’activité thyroïdienne. Une étude réalisée en 2000 a établi que la supplémentation en iode chez des enfants avec un goitre thyroïdien et une carence en sélénium permettait de réduire le goitre et d’optimiser le taux de TSH après 50 semaines de traitement. La même étude a également révélé que plus les enfants manquaient de sélénium, moins ils répondaient à la supplémentation en iode (18). Cela indique qu’une supplémentation conjointe en sélénium peut optimiser celle en iode.

L’activité physique et les plantes
L’activité physique est importante pour la santé de chacun. Chez les personnes atteintes d’hypothyroïdie ou d’HSC, prendre de l’exercice est encore plus nécessaire pour contrecarrer les effets du ralentissement du métabolisme, ce qui peut aider à prévenir et soigner les troubles métaboliques associés à l’hypothyroïdie et à l’HSC tels que l’obésité et les troubles cardiovasculaires (19). Il est recommandé aux personnes atteintes d’hypothyroïdie ou d’HSC, notamment celles qui suivent un régime, de participer à des activités de stimulation et d’accélération cardiaque pour maintenir un bon métabolisme (20).
Fucus vesiculosis (le varech vésiculeux) est une algue que l’on trouve sur les côtes de l’Atlantique et du Pacifique. Bien que les recherches sur ses effets directs sur la thyroïde soient incomplètes, il est utilisé traditionnellement contre les goitres, en raison de son taux élevé en iode. La British Herbal Pharmacopoeia encourage l’utilisation de Fucus vesiculosis contre les affections de la thyroïde, en raison de sa capacité à stimuler la production de T4 et à améliorer le rythme métabolique de base grâce à son taux élevé en iode biodisponible (20).
Withania somnifera (ou ashwagandha), une plante à fleurs de la famille des solanacées que l’on trouve surtout en Afrique et au Moyen-Orient, est un ingrédient de base de la médecine ayurvédique. Elle est utilisée traditionnellement comme adaptogène et tonique, pour accroitre l’énergie musculaire, pour les convalescences et pour favoriser la croissance des enfants (20). Ses effets sur la thyroïde ont été étudiés sur l’animal, l’extrait racinaire ayant montré une capacité à augmenter après 20 jours le taux sérique de T4 chez des femelles souris (21).
Conclusion
L’hypothyroïdie est une affection qui sévit dans toutes les parties du monde, qui entraine des symptômes généralisés éprouvés au quotidien par de nombreuses personnes. L’hypothyroïdie proprement dite peut être détectée par une simple analyse de sang, et traitée par le remplacement de l’hormone T4 par un substitut de synthèse. Il faut toutefois comprendre que l’hypothyroïdie subclinique est aussi une affection répandue, qui peut conduire, si elle n’est pas traitée, à une hypothyroïdie déclarée, et peut également entrainer des troubles métaboliques et hormonaux tels que les maladies cardiovasculaires et la stérilité. En raison de l’impact de l’HSC sur la santé, il convient de consulter un professionnel de santé au courant des protocoles de dépistage pour les troubles thyroïdiens, notamment si les symptômes sont présents malgré un taux sanguin d’hormone thyroïdienne normal. Si l’HSC est diagnostiqué assez tôt, il est possible d’éviter une évolution vers l’hypothyroïdie déclarée, grâce à des traitements optimisant l’activité thyroïdienne. Des traitements naturopathiques tels que la supplémentation en minéraux, les plantes médicinales, ainsi que l’activité physique, peuvent aider à soulager les symptômes d’hypothyroïdie et à rétablir un fonctionnement optimal de la glande thyroïde.
Références
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