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Compassion for the Compassionate –
Combattre la fatigue de la compassion avec l’auto-estime dans les soins de santé


by Louise Wilson, B.Sc, ND

dr.louisewilsonnd@gmail.com


Compassion for the Compassionate - Combattre la fatigue de la compassion avec l'auto-estime dans les soins de santé




Importance de la compassion dans les soins de santé


Le mot « compassion » est issu des mots latins « pati » et « cum », qui ensemble signifient « souffrir avec » [16, 27] . Bien que synonyme de sympathie, d’empathie et d’inquiétude, la compassion implique non seulement un sentiment que nous ressentons envers l’autre dans un état de douleur, d’angoisse ou de malchance, mais comprend également un désir supplémentaire d’agir pour soulager cette détresse. Considérons les soins de santé et la compassion : on pourrait dire que ce sont des mots différents qui décrivent le même acte. Celles et ceux qui procurent des soins médicaux connaissent l’importance de la compassion. L’acte même de prendre soin d’une personne dans le besoin nécessite de la compassion. Les personnes qui apportent des soins de santé, avec cette action cruciale de la compassion, travaillent les plus efficacement [27]. Le « traitement compassionnel » constitue une référence en matière de soins médicaux de qualité. L’empathie fait partie des droits des patients et des lignes directrices des bonnes pratiques médicales, et pour raison, car le traitement compassionnel améliore l’état de santé de ceux qui en reçoivent [8, 26, 27]. La recherche a montré que les soins centrés sur le patient, et que la compassion dans les visites de soins primaires engendre une récupération de l’inconfort plus efficace, et favorise une meilleure santé émotionnelle [26]. Demandez à n’importe quel patient ou à un membre de sa famille, et ils identifieront systématiquement le traitement compassionnel centré sur la personne comme indicateur de la qualité des soins médicaux pour renforcer et réconforter le patient dans le besoin [26, 18].


Source
Le professionnel de la santé et la fatigue de compassion

L’importance de la compassion dans les soins de santé apparait sans aucun doute impératif pour les patients et clients. Mais qu’en est-il de ceux qui fournissent les soins ? Pour tous ceux qui travaillent dans les cliniques, les hôpitaux, les établissements de santé mentale, les centres sociaux et tous les autres domaines de la santé, y compris la médecine naturopathique, la nécessité de fournir régulièrement des soins compassionnels peut parfois s’avérer affligeant. La routine de la profession, des soins médicaux très ciblés, l’exposition fréquente à des événements traumatisants, ou même à la banalité peuvent entailler l’expression de la compassion, diminuant ainsi l’efficacité de cet important outil de soins de santé [26]

La fatigue de compassion (FC) désigne un syndrome observé chez des personnes qui doivent faire face dans leur métier, comme pour celles qui travaillent dans le secteur de la santé, à des événements traumatisants ou sensibles. La FC peut impacter négativement la santé physique et mentale, la sécurité et le bien-être du professionnel, ainsi que sur leurs familles et les personnes qu’il prend en charge [9, 25]. On considère la FC comme risque professionnel et ceux qui travaillent dans les soins de santé courent un risque accru de la développer. Selon certains chercheurs, plus un professionnel de la santé manifeste de l’empathie, plus probablement il développera une FC [9, 25, 28]. La prévalence de la FC peut atteindre 40 % pour certaines professions médicales [31], et des résultats similaires ont été observés pour les travailleurs de la protection de l’enfance, des forces de l’ordre ou encore les conseillers [1, 6, 14]. Les psychiatres et travailleurs sociaux présentent des niveaux de FC parmi les plus élevés, avec des augmentations significatives pour chaque année supplémentaire travaillée dans ces domaines [28].

La FC entraine de nombreux symptômes comme :

  • des pensées intrusives,
  • des troubles du sommeil,
  • de l’épuisement,
  • de la colère,
  • de l’irritabilité,
  • des comportements d’adaptation négatifs,
  • de l’abus d’alcool et de drogues,
  • une capacité réduite à ressentir de la sympathie et de l’empathie,
  • un entrain et un plaisir au travail diminués,
  • de l’absentéisme [9, 25].

  • Toutefois, le plus préoccupant tient dans l’impact de la FC sur la santé des patients et des clients, car ce syndrome implique une prestation de soins moins efficace [27]. La recherche a montré que la FC et le stress réduisent l’attention et la concentration, et qu’ils peuvent nuire à la capacité du professionnel à prendre de bonnes décisions et à prendre correctement soin des patients [9, 15, 27]. Le surmenage professionnel, un composant de la FC, explique également : la baisse de satisfaction des patients, des soins sous-optimaux et des moins bons temps de rétablissement [24, 27, 30]. La lutte contre la nature omniprésente de la FC s’avère d’une importance capitale pour le praticien et pour le patient, ou client.

    Source
    L’autocompassion comme traitement de la fatigue de compassion

    Prendre en charge la FC chez les professionnels de la santé nécessite de l’autocompassion (AC), bien que différentes méthodes existent pour y remédier. Ces méthodes comprennent les initiatives de travail, les stratégies d’identification, la formation et l’éducation, le soutien social et la conscience de soi [29]. L’AC, qui inclut la bonté, le sens de l’humanité et l’attention de l’esprit, constitue un état d’esprit efficace qui peut protéger du syndrome de FC. Dr Kristen Neff, PhD, à l’avant-garde de la recherche sur l’influence de l’AC, décrit ce remède intérieur comme « […] pas tellement différent de la compassion envers autrui, et implique d’être chaleureux et compréhensif pour nous-mêmes quand nous souffrons, faiblissons, ou nous sentons décalé, plutôt que d’ignorer notre douleur ou de nous flageller par l’autocritique. Les personnes compatissantes reconnaissent que l’échec, les choses imparfaites et l’expérience des difficultés de la vie sont inévitables. Lorsque confrontées à des situations douloureuses, où quand la vie n’est pas à la hauteur des idéaux, ces personnes ont tendance à se comporter avec douceur envers elles-mêmes plutôt que de se mettre en colère. »[23]

    La recherche sur les effets protecteurs de l’AC fait réaliser toute l’influence de ce comportement positif. À ce sujet, des chercheurs ont interrogé des sages-femmes étudiantes sur leur bien-être mental, leur qualité de vie professionnelle et leur compassion personnelle et pour les autres. Ils constatèrent que les étudiantes qui se livraient à des jugements plus négatifs exprimaient moins de compassion, voyaient leur bien-être réduit et vivaient plus de surmenage professionnel et de FC [3]. Par ailleurs, les sages-femmes étudiantes avec des niveaux élevés de compassion et de bien-être présentaient moins de FC et de surmenage professionnel [3]. Cela démontre qu’avoir de la compassion et de la gentillesse envers soi peut s’avérer un remède contre la FC.

    Selon Dr Neff, une explication de la capacité de l’autocompassion (AC) à protéger contre la fatigue de compassion (FC) tient au fait que l’AC construit la résilience contre la dépression et l’anxiété. En outre, l’AC augmente la satisfaction de vie, l’optimisme, les liens sociaux et le bonheur [20]. Cette résilience, à son tour, permet de modérer les réactions des professionnels de la santé face aux événements négatifs [20]. Les recherches menées par Tate et al. (2007) ont révélé que les individus avec une plus grande autocompassion démontraient :

  • des réactions et comportements plus nuancés,
  • moins d’émotions négatives,
  • plus de compréhension et d’acceptation,
  • plus de capacité de mettre des problèmes en perspective,
  • tout en reconnaissant leur propre responsabilité [13].
  • De plus, les personnes qui se montrent compatissantes ruminent moins aisément des pensées et des émotions négatives [21]. Aussi, l’AC stimule directement des forces psychologiques telles que le bonheur, l’optimisme, la sagesse, l’initiative personnelle et l’intelligence émotionnelle [2, 11, 12]. En d’autres termes, la compassion peut soutenir le praticien de la santé afin qu’il remplisse plus efficacement son rôle dans ce domaine exigeant.

    Des applications pratiques pour augmenter l’AC incluent les exercices de pleine conscience, en particulier ceux impliquant la gentillesse. Dr Neff et ses collègues ont créé un programme pour enseigner l’AC, appelé « Mindful Self-Compassion ». Il propose un certain nombre de méditations (bonté affectueuse, respiration affectueuse…) et de pratiques informelles (toucher apaisant, écriture de lettre de compassion…) à utiliser dans la vie quotidienne [2]. Par ces outils de développement de l’autocompassion, les professionnels de la santé peuvent réduire leur stress et finalement accroitre l’efficacité des soins cliniques[27].


    Conclusion
    Source

    Les soins de santé nécessitent la compassion. Ceux qui reçoivent des soins délivrés avec humanité et empathie en sont évidemment plus satisfaits, mais voient aussi leur bien-être amélioré, chose que toute équipe de santé espère atteindre. Les professionnels en première ligne pour ces soins de santé courent le risque de développer de la fatigue de compassion (FC) en raison de la nature exigeante et sensible de leurs rôles. Bien que les causes de la FC restent multifactorielles, la recherche démontre que l’autocompassion peut prévenir la FC, et promouvoir des soins plus empathiques. « Répondre avec empathie aux besoins individuels de soulagement, de compréhension et de soutien est un prérequis important pour continuer à faire figure de bienveillant envers les patients et clients » [10] . Pour aider d’autres professionnels de la santé, ou contrer la FC chez soi-même, l’AC ainsi que les outils de pleine conscience incluant l’autogratitude restent d’excellentes recommandations. De la sorte, les professionnels de la santé peuvent se sortir de leur affliction et mieux tenir leur rôle crucial pour d’autres vies en souffrance.

    « On nous enseigne en médecine à être courageux et forts, mais il devrait aussi y avoir un moment et un lieu pour l’expression émotionnelle, et peut-être même pour pleurer. Les médecins, les infirmières et les autres membres de l’équipe soignante doivent être en toute circonstance des références de soutien pour les patients. Mais à la fin de la journée quand les rencontres avec les patients sont terminées, le médecin, l’infirmière, le travailleur social ou toute autre fonction du domaine de la santé, dois être en mesure de traiter tout ce qu’il a vu et expérimenté. Nous nous devons donc de soutenir ces personnes qui travaillent avec les malades »  ; et ce soutien commence simplement pour soi-même [7].

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    Par Louise Wilson,BSc, ND

    BSc, ND