Santé mentale : penser au-delà du cerveau – Prendre en compte toute la personne
by Ashley Nelson, ND
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Si vous-même ou l’un de vos proches avez souffert d’une maladie psychique, vous savez qu’il s’agit d’une maladie du corps dans son ensemble, qui n’affecte pas seulement l’humeur, mais transforme aussi en problèmes des activités quotidiennes de base telles que le sommeil et les repas. Votre poids varie, vos centres d’intérêt s’évaporent, et vos relations sont affectées. Les personnes atteintes de problèmes psychiques souffrent de diverses façons, et pour un temps souvent inutilement long.
Si le champ de la psychiatrie a permis d’aider de nombreuses personnes, son intérêt s’est principalement concentré sur « l’hypothèse des neurotransmetteurs » pour expliquer et traiter les affections psychiques. Cette hypothèse décrit les maladies psychiques et les troubles de l’humeur comme le résultat d’un déséquilibre spécifique des neurotransmetteurs cérébraux. Ceux-ci sont des messagers chimiques intervenant dans plusieurs activités au sein du cerveau et dans le reste de l’organisme. Les principaux neurotransmetteurs sont notamment la sérotonine, la dopamine, la noradrénaline, l’adrénaline et l’acide gamma-aminobutyrique (GABA). Il n’existe malheureusement aucune méthode fiable permettant de mesurer ces neurotransmetteurs. Contrairement à d’autres branches de la médecine dans lesquelles il est possible d’analyser les taux sanguins et d’ajuster le traitement en conséquence, l’ajustement thérapeutique en psychiatrie repose sur la façon dont le patient réagit, et donc sur un mode plus subjectif qu’objectif. Pour faire simple, la médecine objective se base sur des données scientifiques, alors que la médecine subjective repose sur l’impression du clinicien, son expérience, et sur la façon dont le patient est à même de décrire ses symptômes. Il s’agit là d’un défi indéniable pour la médecine psychique.

Les psychiatres sont formés selon le modèle médical classique. Ils doivent d’abord, comme n’importe quel médecin, être diplômés d’une école de médecine. Étant donnée la formation médicale et biochimique qu’ils reçoivent, il n’est pas surprenant qu’ils aient une préférence pour les explications biologiques des maladies psychiques. Le problème est qu’à ce jour, de nombreuses « causes » de maladie psychique couramment admises manquent de preuves. Des journalistes comme Robert Whitaker, auteur d’Anatomie d’une épidémie, posent aussi d’importantes questions concernant l’approche courante des maladies psychiques et psychiatriques. Son livre s’intéresse à l’histoire de la psychiatrie, au développement des maladies psychiques, ainsi qu’aux effets et aux résultats des traitements pharmaceutiques en psychiatrie, mettant en évidence quelques graves problèmes posés par cette approche. En 1987, par exemple, 1 Américain sur 184 était atteint d’une maladie psychique invalidante. En 2007, le rapport était de 1 sur 76. L’auteur relève la hausse spectaculaire, au cours de la même période, des prescriptions pharmaceutiques censées soigner ces maladies (1). Si ces traitements étaient efficaces, remarque-t-il, ne devrions-nous pas constater moins d’invalidité, moins de troubles psychiques chroniques, moins de souffrance ? Sa conclusion est que chaque nouveau type de médicament semble empirer les résultats psychiatriques à long terme. Il plaide pour un usage plus responsable des médications psychiatriques compte tenu de leurs effets secondaires importants, des résultats négatifs à long terme, et des preuves d’efficacité des traitements alternatifs (dans lesquels les médicaments sont utilisés de façon provisoire ou en dernier recours) (1). Bien que les découvertes de Whitaker soient controversées, il soulève d’importantes questions et met en lumière les imperfections de la théorie des neurotransmetteurs qui règne depuis des décennies sur la psychiatrie.
Compte tenu de ces problèmes et du nombre alarmant de personnes concernées par des affections psychiques, il est peut-être nécessaire de sortir des sentiers battus. Voir la personne dans sa totalité, chercher de façon plus volontaire les causes sous-jacentes, et voir « au-delà » du cerveau, autant de facteurs aujourd’hui importants. Le nombre de psychiatres holistiques et de praticiens de la médecine fonctionnelle est en augmentation, et les médecines alternatives permettant de traiter les troubles psychiques gagnent en popularité et en soutien. Si les déséquilibres en neurotransmetteurs peuvent faire partie de l’explication, celle-ci, dans la plupart des cas, va bien au-delà. Le Dr Kelly Brogan, psychiatre holistique renommée, résume magnifiquement : « La meilleure façon de soigner notre esprit est de soigner le corps dans lequel nous habitons » (2). Traiter les troubles psychiques suppose de voir au-delà du cerveau – on ne peut séparer la partie du tout.
L’inflammation

Savez-vous que la plupart des affections chroniques (troubles cardiaques, asthme, colite, maladie de Crohn, endométriose, maladies auto-immunes, et autres) sont de nature inflammatoire ? La recherche a montré que beaucoup de troubles psychiques le sont également. On sait que la dépression, le trouble bipolaire et la maladie d’Alzheimer présentent des composantes inflammatoires dans le cours de leur évolution.
Les personnes souffrant de dépression, par exemple, tendent à avoir un taux élevé de cytokines inflammatoires (3), ce qui signifie qu’on trouve chez elles davantage d’anticorps immunitaires favorisant l’inflammation. Rappelez-vous ce qui se passe quand vous luttez contre un virus, par exemple. Vos symptômes sont le signe d’un mal-être se traduisant par un sentiment de malaise général, de manque d’énergie, d’abattement, de manque de motivation, et ainsi de suite. Cela s’explique, en partie, parce que le système immunitaire est alors en surrégime. L’inflammation provoquée par la lutte contre l’infection peut, littéralement, créer des symptômes de dépression, ce qui a d’ailleurs été constaté en conditions cliniques. Des chercheurs ont injecté des cytokines provoquant une inflammation, entrainant chez 50% des personnes des symptômes dépressifs. C’est ce qu’on appelle un « comportement maladif » (3).
On sait qu’une inflammation peut être déclenchée par des facteurs de stress aussi bien externes qu’internes, entrainant une dépression. Ce qui veut dire que certains évènements ou traumas peuvent déclencher ce processus, exactement de la même façon que certaines maladies ou mécanismes peuvent déclencher cette cascade inflammatoire. Voilà une belle démonstration de l’importance qu’il y a à prendre en compte tous les facteurs, internes et externes.
La glycémie

Cliniciens et chercheurs savent que le risque de dépression est plus élevé chez les personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire telle que l’insuffisance cardiaque, ou d’une affection métabolique comme le diabète. Les études commencent aujourd’hui à montrer que ce lien pourrait être plus étroit que ce que l’on pensait.
Une glycémie stable signifie que ce que nos aliments libèrent lentement du sucre dans le sang, et que l’insuline peut donc aussi être libérée progressivement. Une glycémie stable favorise la régulation de l’énergie, alimente nos cellules, et empêche l’insuline de devenir moins sensible avec le temps – un des facteurs conduisant au diabète.
L’absorption de grandes quantités de sucres et de glucides simples, comme les aliments à base de farine blanche et le sucre raffiné, provoque des pics de glucose dans le sang, ce qui oblige notre organisme à produire davantage d’insuline (une hormone qui favorise l’élimination du glucose sanguin et cellulaire). Les pics d’insuline entrainent à terme une baisse de la glycémie beaucoup plus forte que la normale, provoquant chez nous une sensation de « chute ». Nous éprouvons alors souvent une plus forte envie de sucre (sous forme de pain, pâtes, muffins, sucreries, etc.) ou de caféine (qui stimule la libération de sucre dans le sang). En outre, lorsque notre glycémie descend trop bas, nos glandes surrénales produisent certaines hormones du stress, comme le cortisol et l’adrénaline, pour l’aider à remonter.
La libération d’adrénaline peut entrainer des symptômes d’anxiété : irritabilité, nervosité, agitation, nausées et malaise. Elle peut même parfois ressembler à une attaque de panique.

En plus de permettre la libération du sucre dans le sang, le cortisol affecte aussi certains neurotransmetteurs tels que la sérotonine. Une libération prolongée de cortisol affaiblit les récepteurs de la sérotonine et provoque des symptômes de dépression (4).
Une vaste étude s’est intéressée aux relations entre la dépression et le diabète chez plus de 72 000 infirmières. Les chercheurs ont révélé que des symptômes dépressifs étaient associés à une légère augmentation du développement du diabète de type 2 (5). Ce lien a probablement de nombreux facteurs. Une dégradation de l’humeur, un taux élevé de cortisol, de mauvais choix alimentaires et des modifications métaboliques peuvent faire partie du tableau dépressif, et sont tous liés au développement du diabète.
Il existe heureusement de nombreux moyens faciles et abordables d’améliorer son équilibre glycémique – en réalité, le plus difficile est peut-être d’apprendre à être à l’écoute de son corps.

- Évitez autant que possible les glucides et sucres raffinés ainsi que les aliments industriels, et augmentez votre consommation de glucides complexes et d’aliments complets. Ces derniers contiennent davantage de fibres, ce qui favorise la stabilité glycémique.
- Mangez des protéines à chaque repas. L’absorption de protéines – par exemple de poulet, de poisson, de bœuf, de fruits à coque, d’œufs et de lentilles – à tous les repas assure une libération lente et régulière de sucre dans le sang.
- Consommez des bonnes graisses à chaque repas. Les aliments en comprenant sont notamment l’huile de coco, l’avocat, l’huile d’olive, les fruits à coques, les graines, et les poissons gras tels que le saumon. Ces bonnes graisses, elles aussi, ralentissent l’absorption du sucre dans le sang.
- Évitez les stimulants comme la caféine, pour les raisons déjà évoquées, et parce que la caféine provoque un stress des glandes surrénales sans leur procurer aucun aliment.
- Dormez bien. Les études ont montré que mauvais sommeil et insomnie peuvent augmenter l’envie de sucre et de glucides simples.
La thyroïde
Un taux trop élevé ou trop bas d’hormones thyroïdiennes peut avoir des effets sur les autres hormones, sur l’humeur, le stress, la capacité d’adaptation et les réactions du système nerveux. Il existe une forte corrélation entre le taux de thyroperoxydase (TPO, associée aux troubles thyroïdiens auto-immunes) et les symptômes dépressifs (6).
Il est important, lorsque vous voyez un médecin pour un problème psychique, de faire un bilan complet, aussi bien psychique que physique. Les symptômes courants qui se manifestent quand la thyroïde est perturbée sont notamment : changement de poids inexpliqué, peau sèche ou grasse, chute des cheveux ou modification de leur texture, problèmes de régulation de la température, abattement, et troubles digestifs tels que constipation ou diarrhée. Comme vous le constatez, les troubles thyroïdiens et de nombreux problèmes psychiques se recoupent sur plusieurs points. C’est là qu’une analyse de sang peut se révéler utile.

Il est également important de noter que même si le taux d’hormones thyroïdiennes n’est pas « anormal », il peut ne pas être optimal. Cela signifie que vous pouvez éprouver des symptômes de faiblesse thyroïdienne sans que celle-ci apparaisse dans l’analyse sanguine. En ce cas, on ne prescrit généralement pas de traitement pharmaceutique, mais vous pouvez agir, par votre alimentation, votre mode de vie et en prenant des compléments, pour soutenir votre thyroïde et donc améliorer votre humeur et lutter contre l’anxiété.
La liste est loin d’être exhaustive. Les facteurs potentiels peuvent encore comporter une dysbiose intestinale, une carence en vitamines (B6, B12), un déséquilibre hormonal, des dépendances nutritionnelles (un besoin plus important de certains nutriments), un taux élevé d’histamine, et les effets secondaires de médicaments. Et cela sans compter les dynamiques familiales, les questions socioéconomiques, les traumatismes, l’éducation, et autres facteurs sociaux et psychologiques qui interfèrent avec le bien-être psychique.
Pris ensemble, ces éléments montrent l’importance du modèle holistique, prenant en compte toute la personne, pour la santé psychique, et que ces questions dépassent le seul cerveau. Devenez l’avocat de votre propre santé, et creusez toujours plus profond pour améliorer votre santé psychique et votre humeur ! Bonheur, guérison et résilience sont à votre portée !
Références
- Whitaker, R. Anatomy of an epidemic: Magic bullets, psychiatric drugs, and the astonishing rise of mental illness in America. New York: Crown Publishing Group, 2010, 416 p., ISBN 978 0 3074 5241 2.
- Brogan, K. A mind of your own: The truth about depression and how women can heal their bodies to reclaim their lives. New York: Harper Wave, 2016, 352 p., ISBN 978 0 0624 0557 9.
- Felger, J.C., and F.E. Lotrich. “Inflammatory cytokines in depression: Neurobiological mechanisms and therapeutic implications.” Neuroscience Vol. 246 (2013): 199–229.
- Cowen, P.J. “Cortisol, serotonin and depression: All stressed out?” The British Journal of Psychiatry Vol. 180, No. 2 (2002): 99–100.
- Arroyo, C., et al. “Depressive symptoms and risk of type 2 diabetes in women.” Diabetes Care Vol. 27, No. 1 (2004): 129–133.
- Degner, D., et al. “Association between autoimmune thyroiditis and depressive disorder in psychiatric outpatients.” European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience Vol. 265, No. 1 (2015): 67–72.