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Fausses couches à répétition – Perspectives naturopathique


by Dr. Samantha Bell, ND


https://www.samanthabellnd.com/

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Une fausse couche correspond à un arrêt de grossesse pendant les 20 premières semaines de la gestation. Une fausse couche précoce correspond à un arrêt de grossesse pendant les semaines de gestation 0-12 (le premier trimestre). Environ 15-20 % des grossesses aboutissent sur une fausse couche et la majorité d’entre elles – environ 80 % – se produisent pendant le premier trimestre. Dans la plupart des cas, les arrêts de grossesse précoces sont dus à des anomalies chromosomiques fœtales[1].

Chez les personnes confrontées à des fausses couches à répétition, l’arrêt de la grossesse se produit souvent avant 10 semaines de gestation[2]. La majorité des personnes confrontées à des fausses couches n’ont généralement qu’une compréhension limitée des causes, mais un bon nombre d’entre elles (environ 75 %) réussiront, même sans aucune intervention, à mener leurs grossesses ultérieures à terme, après leurs fausses couches répétées[2].

En tant que docteurs en naturopathie, nous sommes bien équipés pour examiner les causes potentielles et apporter de l’aide afin d’éviter des fausses couches.

Certaines conditions médicales peuvent prédisposer à des arrêts de grossesses répétés et devraient faire l’objet d’un examen par une équipe soignante.

Une carence en progestérone

Si la fausse couche est due à un manque de progestérone, la perte a généralement lieu à 6 semaines ou plus tôt[2].

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK)

Alors que de nombreuses études suggèrent que le lien entre le SOPK et les fausses couches est faible, d’autres suggèrent que le facteur d’insulinorésistance du SOPK serait le problème le plus important parmi les facteurs susceptibles d’augmenter les risques de fausses couches[2].

L’alimentation et les exercices sont considérés comme des traitements de première ligne pour les personnes atteintes du SOPK et peuvent améliorer grandement la sensibilité à l’insuline.

Un diabète sucré mal contrôlé (Type I ou II)

Ici aussi, la résistance à l’insuline est une source de préoccupation et est associée à un risque accru d’arrêt de grossesse chez les femmes sujettes à un diabète mal contrôlé de type I ou II.

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Il existe une corrélation directe entre l’hémoglobine A1C (HbA1C ; un marqueur du taux de glycémie moyen) et le taux de fausses couches[3]. Par conséquent, l’alimentation et les exercices sont également déterminants pour aider les patients diabétiques à mener leurs grossesses à terme.

Le syndrome des antiphospholipides (SAPL)

Le syndrome des antiphospholipides est une maladie auto-immune associée à des fausses couches à répétition et caractérisée par des niveaux moyens à élevés d’anticorps antiphospholipides. Les principales caractéristiques cliniques du SAPL incluent des thromboses vasculaires et des formes variées de fausses couches récurrentes[2].

Comme cela a été indiqué plus tôt, la plupart des arrêts de grossesses précoces se produisent avant 10 semaines de gestation, mais pour les personnes atteintes du SAPL, la perte se produit souvent après cette période de gestation.

La maladie cœliaque

La maladie cœliaque est non seulement associée à un risque accru de fausse couche mais peut également augmenter le risque de retard de croissance intra-utérin et de mortinatalité[2].

L’élimination des anticorps par un contrôle de l’alimentation peut réduire l’incidence de fausses couches[2]. Il est extrêmement important d’orienter les patients atteints de la maladie cœliaque vers un régime sans gluten strict.

Les maladies de la thyroïde

L’hypothyroïdie (incluant la thyroïdite de Hashimoto) et même l’hypothyroïdie sous-clinique sont associées à un risque accru de fausse couche[2].

Les directives données en 2012 par la société américaine de la médecine reproductive pour traiter les fausses couches récurrentes indiquent que des taux de TSH supérieurs à 2,5 mIU/L sont considérés comme hors-norme. D’autre part, la Société américaine d’endocrinologie conseille un traitement approprié afin de maintenir les taux de TSH entre 1 et 2,5 mIU/L pour les personnes sujettes à des fausses couches fréquentes[2].

En tant que docteurs en naturopathie, nous savons également que l’utilisation d’un panel de détection thyroïdien élargi (incluant les anticorps antithyroïdiens, la T3 libre et la T4 libre) est également très utile pour les patients confrontés à des fausses couches récurrentes.

L’hyperprolactinémie

Des taux de prolactine élevés peuvent entrainer des anomalies pendant la phase lutéale et provoquer une fausse couche. Quand les niveaux de prolactine sont élevés, cela peut causer une dysfonction ovulatoire.

La thrombophilie

La thrombophilie peut causer des arrêts de grossesses, à la fois précoces et tardifs, mais la plupart des fausses couches causées par des thrombophilies héréditaires se produisent généralement pendant le deuxième ou le troisième trimestre.

En tant que docteurs en naturopathie, il est important d’évaluer si la thrombophilie d’un patient est causée par une mutation génétique du gène méthylènetétrahydrofolate réductase (MTHFR).

L’endométriose

Un examen systématique de 2017 a déterminé que l’endométriose était un facteur de risque de fausses couches pour les grossesses spontanées[4].

Les infections

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Plusieurs infections sont associées à des fausses couches (mais pas nécessairement des fausses couches récurrentes), cela inclut les infections de rubéole, parvovirus B19, cytomégalovirus, herpès, Toxoplasma gondii, Listeria monocytogenes, Chlamydia trachomatis, Mycoplasma hominis et Ureaplasma urealyticum[3].

Une vaginose bactérienne peut également augmenter le risque de fausse couche tardive[2].

Il y a également de nombreux facteurs modifiables à prendre en compte pour éviter une fausse couche.

Le tabagisme
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Le tabagisme semble augmenter le risque de fausses couches de façon proportionnelle aux doses consommées – plus la quantité de cigarettes fumées est importante, plus le risque augmente – et ce risque est en augmentation dès 10 cigarettes par jour[2].

Le tabagisme parental peut également augmenter le risque de fausses couches. Si les deux parents sont fumeurs, des études ont identifié un risque nettement plus important (multiplié par quatre) de fausse couche en comparaison avec des participants non-fumeurs[5].

Le poids

Le fait d’être en surpoids ou obèse avant la grossesse peut augmenter le risque de fausse couche.

Le risque de fausse couche augmente en cas d’obésité maternelle ou paternelle[6].

La consommation d’alcool

Les femmes buvant de l’alcool au moins deux jours par semaine présentaient un risque plus élevé de fausse couche que celles ne buvant pas pendant la grossesse[7].

La caféine

Une consommation modérée de caféine (pas plus de 200 mg / jour au total) ne semble pas faire augmenter les taux de fausses couches, mais il semblerait qu’il puisse y avoir un effet de seuil lorsque la consommation atteint au total 300 mg / jour ou plus, causant une augmentation modérée du risque de fausse couche[2].

La relation de causalité entre la caféine et les fausses couches n’a pas été établie de façon claire, mais il est recommandé de limiter sa consommation de caféine pendant une grossesse. Les personnes réduisant leur consommation de caféine devraient tenir compte des produits contenant de la caféine comme les boissons énergétiques, les boissons pour le sport, le chocolat et le thé (noir, vert et blanc).

La consommation de substances

La cocaïne
L’utilisation de cocaïne pendant une grossesse augmente le risque de fausses couches ainsi que d’autres problèmes prénataux car la cocaïne peut réduire la circulation sanguine utérine. Plus la consommation de cocaïne est importante, plus le risque est élevé[8].

Le cannabis
Aucun seuil de sécurité n’a été établi pour la consommation de cannabis et la consommation prénatale de cannabis peut avoir des effets négatifs importants et de long terme pour le fœtus en développement[9].

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L’exercice
L’exercice est recommandé par le Collège américain des obstétriciens et des gynécologues (ACOG), mais les recommandations peuvent varier (et il y a des exceptions) en fonction des cas individuels[10] :

  • L’exercice n’est pas recommandé pour une femme présentant des facteurs de risque de saignement vaginal, de travail prématuré ou de rupture prématurée des membres.
  • Si la femme enceinte n’a pas fait d’exercices avant la grossesse, les activités suivantes sont considérées comme sûres : la natation, la marche, le cyclisme et l’aérobie. Si une femme enceinte commence à faire de l’exercice pendant la grossesse, il est recommandé de commencer avec 5 minutes d’exercice par jour et d’ajouter 5 minutes par semaine, jusqu’à atteindre un total acceptable de 30 minutes d’activité par jour.
  • Si la femme enceinte était active avant de tomber enceinte, les activités suivantes sont considérées comme sûres avec modération : la course, les sports de raquette et l’entrainement musculaire.
  • Pour toutes les femmes enceintes, les activités à éviter sont tous les sports de contact, la plongée et le ski.
  • L’ACOG recommande d’éviter les exercices nécessitant de s’allonger sur le ventre après le premier trimestre.
  • L’ACOG incite également les femmes à tenir compte des exercices susceptibles de causer une surchauffe ou de la déshydratation (et de les éviter).

Le travail de nuit

Il a été démontré que le travail de nuit à horaires fixes augmentait le risque de fausses couches, en particulier pendant le premier trimestre. En comparaison avec des femmes travaillant pendant la journée, les femmes travaillant à des horaires alternées (passant du jour à la nuit) ne semblaient pas présenter de risque accru de fausse couche[11].

Nous devrions toujours commencer par la base. Nous devrions faire des examens et traiter les éventuelles maladies / affections qui contribuent au risque de fausse couche, et guider les personnes pour les aider à améliorer les facteurs de risque modifiables. En optimisant la santé d’une personne, il est possible d’améliorer ses chances d’avoir une grossesse durable et sans problèmes.

Les fausses couches répétées peuvent représenter une importante épreuve émotionnelle, physique et même financière pour les personnes / couples essayant de concevoir, et il est important d’aborder le stress et la souffrance qui accompagnent une fausse couche. C’est tout simplement aussi important que d’aborder les autres facteurs de risque.

En outre, il est fondamental d’envisager une approche multifactorielle pour parvenir à une grossesse réussie – une approche cherchant à résoudre les problèmes physiques et mentaux. Lorsqu’une approche multifactorielle est envisagée, il est essentiel de veiller à établir une collaboration respectueuse et synergique entre les professionnels de santé et les modalités de traitement.

Références
  1. [No authors listed.] “ACOG Practice Bulletin No. 200: Early Pregnancy Loss.” Obstetrics and Gynecology, Vol. 132, No. 5 (2018): e197–e207.
  2. Keyhan, S., L. Muasher, and S.J. Muasher. “Spontaneous abortion and recurrent pregnancy loss: Etiology, diagnosis, treatment,” in Comprehensive
    gynecology, Seventh Edition, eds. R.A. Lobo et al., Chapter 16, 329–347, Philadelphia: Elsevier, 2017, 968 p., ISBN 978‑0‑323‑32287‑4.
  3. Shahine L., et al. “Recurrent pregnancy loss: Evaluation and treatment.” Obstetrics and gynecology clinics of North America, Vol. 42, No. 1 (2014):
    117–134.
  4. Minebois, H., et al. “Endometriosis and miscarriage: Systematic review.” Gynécologie, obstétrique, fertilité & sénologie, Vol. 45, No. 7–9 (2017):
    393–399.
  5. Armstrong, B.G., A.D. McDonald, and M. Sloan. “Cigarette, alcohol, and coffee consumption and spontaneous abortion.” American journal of
    public health, Vol. 82 (1992): 85–87.
  6. Balsells, M., A. Garcia-Patterson, and R. Corcoy. “Systematic review and meta-analysis on the association of prepregnancy underweight and
    miscarriage.” European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, Vol. 207 (2016): 73–79.
  7. Kline J., et al. “Drinking during pregnancy and spontaneous abortion.” The Lancet, Vol. 2, No. 8187 (1980): 176–180.
  8. Marschall, K.E., and R.L. Hines. “Psychiatric disease, substance abuse, and drug overdose,” in Stoelting’s anesthesia and co-existing disease,
    Seventh Edition, eds. R.L. Hines and K.E. Marschall, Chapter 29, 611–633, Philadelphia: Elsevier, 2018, 736 p., ISBN 978‑0‑323‑40137‑1.
  9. Jaques S.C., et al. “Cannabis, the pregnant woman and her child: Weeding out the myths.” Journal of perinatology, Vol. 34, No. 6 (2014): 417–
    424.
  10. American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG). Exercise during pregnancy. https://www.acog.org/Patients/FAQs/Exercise-
    During-Pregnancy · Updated 2019‑07.
  11. Whelan E.A., et al. “Work schedule during pregnancy and spontaneous abortion.” Epidemiology, Vol. 18, No. 3 (2007): 350–355.