10 minutes

Guérir des intestins, guérir de l’esprit – Perspectives naturopathique


by Ariel Jones, ND

https://www.drarieljones.com/

Heal Your Gut

Le lien entre les intestins et le cerveau

Les maladies inflammatoires de l’intestin (MII) comprennent les colites ulcéreuses (CU) ainsi que la maladie de Chron (MC). Elles font parties de cinq maladies gastrointestinales les plus courantes aux États-Unis. Les personnes souffrant de MII et d’autres maladies gastrointestinales comme le syndrome du côlon irritable (SCI) subissent les effets d’un tissu intestinal endommagé à cause d’une inflammation. Les symptômes ont souvent un impact sur la qualité de la vie, ils sont douloureux et chroniques[1].

Les intestins et le cerveau sont fortement connectés. Ils communiquent de façon bidirectionnelle par le système nerveux autonome (SNA) et l’axe endocrinien hypothalamo–hypophyso-surrénalien (HHS) en utilisant la sérotonine, le tryptophane, le cortisol, l’épinéphrine et la norépinephrine[2]. La réponse des intestins est envoyée au système moteur émotionnel (SME) dans le cerveau, également appelé le système limbique. Étant donné que la communication est bidirectionnelle, il est important de comprendre le rôle du système limbique pour savoir comment les deux interagissent ensemble. Le système limbique est responsable de l’homéostasie interne et externe de l’organisme. Lorsqu’un événement interne ou externe produit un déséquilibre, le système limbique le détecte et libère des hormones dans le corps pour restaurer son équilibre. Le système limbique facilite la survie, l’évitement des menaces, les interactions sociales et l’apprentissage. C’est ici que sont générées les émotions, et les changements physiologiques associés résultent du système limbique. Le système limbique est impliqué dans la modulation de « haut en bas » de la transmission des douleurs viscérales et également de la perception viscérale. Le système limbique est le centre de contrôle du trafic ; c’est là que le cerveau et les intestins se connectent et interagissent.

Heal Your Gut

Que se passe-t-il en cas de maladie intestinale ?

Il existe quatre hypothèses pour expliquer les causes d’une MII : une prédisposition génétique, des déclencheurs environnementaux, une hyperactivité du système immunitaire et une inflammation chronique. Le taux de concordance chez des jumeaux identiques est de 10–15 % pour les CU et de 30–35 % pour la MC, ce qui indique que des facteurs non-génétiques pourraient avoir un rôle important dans le développement de la maladie[3]. Plusieurs facteurs environnementaux ont été identifiés :

  1. Des facteurs de stress psychosociaux activent des circuits de stress dans le SME et provoquent des réponses intestinales physiologiques via les systèmes autonomes et endocriniens. Les résultats produits par le SME induisent la libération du facteur de libération de la corticotrophine (FLC), ainsi que de cortisol, de norépinephrine et d’épinéphrine. Ces molécules vont orienter le système immunitaire vers une réponse Th2 : augmentation des mastocytes et de l’expression de l’oxyde nitrique synthase. sychosocial stressors activate stress circuits within the EMS, leading to physiological gut responses via the autonomic and endocrine systems. EMS output causes corticotropin-releasing factor (CRF), cortisol, norepinepherine, and epinephrine to be released. These molecules shift the immune system towards a Th2 response: Increased mast cells as well as nitric oxide synthase expression.
  2. Les réponses autonomes peuvent moduler directement ou indirectement la perméabilité des intestins aux antigènes (particules étrangères) et aux microbes (bactéries). Quand la perméabilité des intestins augmente en réaction à des antigènes et des bactéries, le système immunitaire s’active pour protéger nos corps de ces envahisseurs étrangers. Des intestins très perméables peuvent entrainer une hyperméabilité intestinale (parois intestinales poreuses).
  3. Les facteurs de stress physiques comme les antigènes et les bactéries modulent la fonction immunitaire intestinale, et les produits immunitaires issus des intestins comme les cytokines et les chimiokines créent les inflammations, et la douleur que l’on observe dans une MII.

Une CU se caractérise par une inflammation se limitant à la région du côlon. La MC peut impliquer n’importe quelle partie du système digestif mais se produit le plus souvent dans l’iléon terminal ou dans la région périanale. La MC est associée à des complications comme des sténoses, des abcès et des fistules[4].

La muqueuse intestinale est importante

La muqueuse intestinale est très importante pour la santé des intestins. Ses fonctions comprennent l’absorption des nutriments, un rôle de barrière physique et de transduction des signaux. Elle détecte son environnement et secrète des produits de régulation en réaction. Le système digestif contient également le plus grand composant du système immunitaire dans le corps humain[2]. Chez les personnes atteintes de MII, la muqueuse intestinale est perturbée. En l’absence d’une muqueuse saine, les bactéries peuvent s’infiltrer dans le flux sanguin et initier une réponse immunitaire, qui va entrainer une inflammation chronique avec des conséquences nuisibles et de la douleur.

Fait étonnant, 95 % de notre sérotonine est produite dans les intestins. La sérotonine est à l’origine de notre sentiment subjectif de bonheur et de bonne humeur. Si nos tissus intestinaux ne sont pas sains, nous ne pouvons pas produire suffisamment de sérotonine[5].

Heal Your Gut

Des intestins irrités et endoloris affectent le cerveau : Dépression et MII

Comme mentionné précédemment, le contrôle des intestins se fait principalement à l’intérieur du système limbique, dans le cerveau. C’est également à cet endroit que sont contrôlés les émotions, l’élan physique et sexuel, le sommeil, l’appétit, la mémorisation, la réponse au stress et les troubles de l’humeur. En cas de déséquilibre homéostatique, par exemple, en cas de douleur ou d’inflammation dues à une MII, la réponse du système limbique consiste à rééquilibrer le système. Les activités du système limbique sont si répandues dans le corps et si importantes pour son bon fonctionnement que la moindre perturbation, quel que soit l’endroit où elle se produit, peut altérer et affecter l’humeur, et le comportement.

Un des changements observés dans le cerveau des patients atteints de colite ulcéreuse aiguë est l’activation du neuropeptide Y (NPY)[6]. Le rôle le plus important du NPY semble être d’apporter une réponse de protection et d’aide en cas de douleur. Une étude indique que le NPY fait partie du mécanisme qui aide les mammifères à récupérer en cas de douleurs intenses associées à des inflammations ou des lésions nerveuses[7]. Le NPY s’occupe également de réduire l’anxiété et le stress, moduler les cycles de sommeil / éveil, réduire la consommation spontanée d’alcool, diminuer la pression sanguine et contrôler les crises d’épilepsie[8][9]. Le rôle du PNY dans l’augmentation de la consommation d’aliments et le stockage de l’énergie peut devenir néfaste s’il est stimulé de façon chronique. En plus de la douleur et de l’inflammation, le stress et une alimentation riche en graisses et en sucres ont également la capacité de provoquer une hausse des taux de NPY dans le cerveau[10]. L’activation du NPY est une caractéristique des MII et un des liens entre les MII et la dépression.

Aujourd’hui, nous disposons de preuves solides pour établir un lien entre les MII et la dépression. On constate que la dépression se produit un an ou moins avant un diagnostic de CU, ce qui signifierait que les symptômes d’une CU non diagnostiquée provoqueraient une dépression – ou à l’inverse, que l’apparition d’une dépression pourrait causer une CU[11]. Quoi qu’il en soit, les deux sont concomitantes. L’anxiété et la dépression sont plus courantes chez les patients souffrant de MMI et leurs symptômes sont plus graves lorsque la maladie est active. Par ailleurs, l’évolution de la maladie est pire chez les patients souffrant de dépression. Les traitements avec des corticostéroïdes, un traitement souvent privilégié en cas de MII, peut entrainer des troubles de l’humeur ou d’autres symptômes psychiatriques[12].

Le lien entre la santé intestinale et mentale est évident. Nous disposons désormais de plus d’arguments que jamais pour traiter et guérir les intestins des patients souffrant d’inflammation intestinale ou de troubles mentaux. Alors, venons-en aux faits.

Soigner les intestins pour améliorer la dépression

  1. Éliminer les facteurs de stress
    Les facteurs de stress – comme une alimentation pauvre en nutriments, des aliments transformés, des antécédents de prise d’antibiotiques ou des excès de sucre – sont nuisibles pour les intestins et affaiblissent notre système immunitaire. Le manque de sommeil est un stress physique. Le stress émotionnel peut inclure l’activité professionnelle, les finances, les relations avec les proches et bien d’autres choses. Il est donc primordial d’identifier les causes de son stress afin de se donner les moyens d’aller mieux. Les actions requises pour réduire ces facteurs de stress rentrent quant à elle dans le cadre d’une démarche continue. Faites appel à votre famille et à vos amis pour identifier et atténuer vos facteurs de stress.
  2. Manger plus sainement
    Le stress oxydatif dû à des aliments pro-inflammatoires semble jouer un rôle important dans la neurodégénération du SNE et de la glie entérique[13]. De nombreux aliments causent des inflammations, que ce soit à cause d’une allergie, de leur toxicité ou des deux. L’élimination des aliments pro-inflammatoires dont nous n’avons pas besoin, qui nous coutent cher et nous portent préjudice, est la deuxième étape la plus importante pour soigner les intestins.

    • Éliminer les aliments industriels transformés : tout ce qui est dans une boite ou en conserve a été transformé. Les aliments industriels sont moins nutritifs que des aliments frais non transformés et sont composés d’ingrédients qui ont des effets néfastes pour la santé comme les OGM, le sirop de maïs à haute teneur en fructose et les conservateurs pour n’en citer que quelques-uns. Il est possible de trouver de nombreuses alternatives dans les magasins d’alimentation et qui sont tout aussi faciles à consommer, et coutent moins cher que des préparations industrielles. Envisagez d’éliminer les plats surgelés, les biscuits conditionnés, les barres de céréales, les pizzas surgelées, les frites, les hot-dogs, la charcuterie, les chips, les confiseries, les sodas, les vinaigrettes, les crèmes glacées, les nouilles instantanées et les Kraft Dinner®. Les aliments non transformés sont les fruits, les légumes, les noix, les céréales et les graines que l’on trouve dans leur forme naturelle. Ils sont souvent situés dans le périmètre le plus externe des magasins d’alimentation. Le fait de remplacer les aliments transformés par de vrais aliments non modifiés fera une grande différence pour votre santé. Posez la question au Dr. Terry Wahls ; qui a traité sa SEP en utilisant des aliments complets. Sa conférence TEDTalk est accessible ici https://www.youtube.com/watch?v=KLjgBLwH3Wc
    • Heal Your Gut

    • Éliminer les pesticides : Éliminez les pesticides de votre alimentation en achetant uniquement des fruits et les légumes bio ou en les lavant dans un mélange eau / vinaigre 10:1. Certains aliments gras comme les noix devront être achetés bio car ils absorbent plus facilement les pesticides que des fruits ou des légumes qui ont une peau imperméable.
    • Ajouter des aliments qui favorisent la guérison intestinale : les graines de lin et de chia ont une enveloppe mucilagineuse gluante qui favorise la guérison du tissu intestinal et contient des fibres, des protéines et des acides gras oméga-3, qui aident à rendre les selles plus volumineuses pour faciliter l’élimination et réduire les inflammations. Avec des graines de lin, on peut préparer de délicieux biscuits salés, les consommer sous la forme d’huile ou moulues dans un porridge aux flocons d’avoine. Lorsqu’on les fait tremper, les graines de chia ramollissent et peuvent faire un excellent pudding. Le chou contient de la glutamine, un acide aminé bénéfique pour la guérison des entérocytes (cellules du tractus GI). Le chou cru peut être râpé dans une salade ou un coleslaw.
    • Heal Your Gut

    • Le trempage des noix aide à neutraliser l’acide phytique que l’on trouve dans la couche extérieure des noix. Faire tremper les graines et les noix pendant six heures avant de les manger permettra de faciliter leur digestion et l’absorption de leurs nutriments par les intestins.
    • Le rinçage des céréales avant de les manger aide à éliminer les saponines que l’on trouve sur leur surface externe. Les saponines se lient à l’épithélium mucosal et augmentent la perméabilité de la surface. Un excès de saponines et d’autres toxines intestinales peut rendre les parois intestinales poreuses.
  3. Soigner les intestins : Les supplémentations

    • Glutamine : Un acide aminé qui sert d’aliment aux entérocytes dans les intestins, les aide à se réparer et refermer leurs jonctions serrées.
    • Lactobacillus helveticus et Bifidobacterium longum : Ils ont prouvé leur efficacité pour soigner des MII tandis que le B. infantis soulage de nombreux symptômes de MII[14].
    • Huile de poisson : Aide à réduire les inflammations et soutien les fonctions cognitives du cerveau.
    • Herbes : Ulmus rubra (orme rouge), Glycyrrhiza glabra (réglisse), Althaea officinalis (guimauve) et Avena sativa (avoine).
  4. Soutenir les glandes surrénales
    Le cortisol étant très impliqué dans le processus homéostatique, le stress de longue durée peut entrainer une résistance au cortisol et de la fatigue surrénale. Pour apporter du soutien aux glandes surrénales, vous pouvez utiliser des vitamines comme la B5 et la C, des herbes et de l’homéopathie.
  5. Le soutien social
    Faire appel à votre communauté, votre famille et vos amis est un élément important pour maintenir une bonne santé mentale. Le fait d’être soutenu par son entourage permet de réduire le stress, l’anxiété et la dépression, et d’améliorer les résultats des patients atteints de MII[15].

Heal Your Gut

Références
  1. Weiner, G. “Where the rubber meets the road: Treating inflammatory bowel diseases.” NaturalPath. · http://thenatpath.com/body/gastrointestinal-health/where-the-rubber-meets-the-road-treating-inflammatory-bowel-diseases/ · Posted 2014‑10‑24. · Accessed 2015‑03‑17.
  2. Jones, M.P., et al. “Brain–gut connections in functional GI disorders: Anatomic and physiologic relationships.” Neurogastroenterology & Motility, Vol. 18, No. 2 (2006): 91–103.
  3. Khor, B., A. Gardet, and R.J. Xavier. “Genetics and pathogenesis of inflammatory bowel disease.” Nature, Vol. 474, No. 7351 (2011): 307–317.
  4. [No authors listed.] “IBD etiology and pathophysiology: Understanding the process.” IBD Insights. ARCHIVED AT https://web.archive.org/web/20160506183843/https://www.ibdinsights.com/about/etiology-pathophysiology/
  5. Cowen, P.J. “Cortisol, serotonin and depression: All stressed out?” The British Journal of Psychiatry, Vol. 180, No. 2 (2002): 99–100.
  6. Pucar Batici, L., et al. “CD26 deficiency alters VIP and NPY levels in murine Crohn-like colitis.” Congress of the Croatian Society of Biochemistry and Molecular Biology, 2014. Abstract available at http://bib.irb.hr/prikazi-rad?lang=en&rad=727332 · Accessed 2015‑03‑17.
  7. Solway, B., et al. “Tonic inhibition of chronic pain by neuropeptide Y.” Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, Vol. 108, No. 17 (2011): 7224‑7229.
  8. Tatemoto, K. “Neuropeptide Y: History and overview,” in Neuropeptide Y and related peptides. Handbook of experimental pharmacology, Vol. 162, ed. C.M. Michel, Chapter 1, 2–21, Berlin: Springer, 2004, 556 p., ISBN 978‑3‑642‑62282‑3 (print) / 978‑3‑642‑18764‑3 (eBook).
  9. Colmers, W.F., and B. El Bahn. (2003). “Neuropeptide Y and Epilepsy.” Epilepsy Currents, Vol. 3, No. 2 (2003): 53–58.
  10. Maugh II, T.H. “Research points to way to eliminate belly fat.” Chicago Tribune · http://articles.chicagotribune.com/2007-07-02/news/0707010371_1_dr-zofia-zukowska-mice-and-monkeys-show-npy · Posted 2007‑07‑02 · Accessed 2015‑03‑17.
  11. Kurina, L.M., et al. “Depression and anxiety in people with inflammatory bowel disease.” Journal of Epidemiology & Community Health, Vol. 55, No. 10 (2001): 716–720.
  12. Graff, L.A., J.R. Walker, and C.N. Bernstein. “Depression and anxiety in inflammatory bowel disease: A review of comorbidity and management.” Inflammatory Bowel Diseases, Vol. 15, No. 7 (2009): 1105–1118.
  13. Lakhan, S.E., and A. Kirchgessner. “Neuroinflammation in inflammatory bowel disease.” Journal of Neuroinflammation, Vol. 7 (2010): 37.
  14. Whorwell, P.J., et al. “Efficacy of an encapsulated probiotic Bifidobacterium infantis 35624 in women with irritable bowel syndrome.” The American Journal of Gastroenterology, Vol. 101, No. 7 (2006): 1581–1590.
  15. Sewitch, M.J., et al. “Psychological distress, social support, and disease activity in patients with inflammatory bowel disease.” The American Journal of Gastroenterology, Vol. 96, No. 5 (2001): 1470–1479.
Avatar photo

Par Ariel Jones, BSc, ND

BSc, ND