L’hypothyroïdie est un des troubles endocriniens les plus répandus dans le monde. L’hypothyroïdie clinique et sous-clinique est associée à des taux de prévalence de 4–5 % et 4–15 %, respectivement.1,2 La prévalence est environ trois à sept fois supérieure chez les femmes que chez les hommes et l’incidence augmente proportionnellement avec l’âge.3En raison de ses symptômes non spécifiques, il est fréquent que les cas d’hypothyroïdie chez l’adulte ne soient pas diagnostiqués. Les symptômes les plus courants de l’hypothyroïdie incluent de la fatigue, de la léthargie et de l’insomnie, ainsi que des problèmes de concentration et de mémoire. Les recherches actuelles indiquent que certains facteurs liés au mode de vie, tels que la pilule contraceptive, pourraient augmenter les probabilités d’hypothyroïdie chez les femmes. L’objectif de cet article est d’identifier des facteurs liés au mode de vie, ainsi que des carences nutritionnelles, qui pourraient être impliqués dans le développement / la progression de l’hypothyroïdie. Quelques exemples de solutions naturelles pour aider la fonction thyroïdienne et dont l’efficacité a été prouvée seront également présentés.
Pilule contraceptive et hypothyroïdie—Existe-t-il un lien ?
Les hormones présentes dans les pilules contraceptives pourraient affecter la fonction thyroïdienne de diverses manières. Une carence en iode pourrait être une des causes principales de l’hypothyroïdie, et il se trouve que l’éthinylestradiol et le progestine, que l’on trouve dans les pilules contraceptives, pourraient avoir un impact sur l’absorption d’iode, ce qui pourrait donc contribuer au développement d’une hypothyroïdie chez les personnes à risque. 4 L’estrogène peut réduire la synthèse de la thyroxine, en régulant l’activité de la thyroperoxydase à la hausse et en régulant l’expression de l’ARNm de la thyréolibérine à la baisse dans les cellules du noyau paraventriculaire. 5 L’estrogène pourrait également activer la voie de la phosphatidylinositol 3‑kinase (PI3K) dans les cellules folliculaires thyroïdiennes et accroitre la susceptibilité de développer un trouble thyroïdien chez la femme.6 Les recherches ont démontré que la progestérone pourrait également réguler l’expression de l’ARNm de la thyroglobuline, de la thyroperoxydase et du symporteur sodium iodure ;7 et chacun de ces éléments pourrait potentiellement entrainer un dysfonctionnement de la thyroïde.
Une étude transversale récente

Dans une étude transversale très récente, utilisant une vaste enquête épidémiologique, l’association entre l’usage de pilules contraceptives et la fonction thyroïdienne chez la femme a été étudiée.8 L’étude a été réalisée sur un total de 5 116 participantes, âgées de 18 ans et plus, pour qui l’on disposait de données concernant leurs antécédents de prise de pilule contraceptive et leur fonction thyroïdienne. Dans cette étude, les femmes qui avaient des taux de thyréostimuline (TSH) entre 0,34 mIU/l et 5,6 mIU/l et qui ne prenaient pas de substituts d’hormone thyroïdienne ou de traitement antithyroïdien ont été qualifiées d’euthyroïdiennes. Celles qui avaient des taux de TSH > 5,6 mIU/l et ne prenaient pas non plus de médicament antithyroïdien, ainsi que celles prenant un substitut d’hormone thyroïdienne, indépendamment de leur niveaux de TSH, ont été qualifiées d’hypothyroïdiennes. Chez les participantes qui n’avaient jamais pris de pilule contraceptive, la prévalence de l’hypothyroïdie était plus élevée dans l’analyse de régression logistique multivariée (17,7 % contre 14,1 %; p = 0,003). Cette régression logistique multivariée a été ajustée afin de tenir compte des facteurs de confusion. Ces facteurs incluaient l’âge, la race, le niveau d’éducation, l’indice de masse corporelle, le statut tabacologique, la consommation d’alcool, les antécédents de maladies thyroïdiennes, les problèmes thyroïdiens actuels, l’âge des premières menstruations, les antécédents de grossesse, le statut ménopausique et les antécédents d’utilisation de substituts hormonaux. Les résultats ont révélé une association notable entre la prise de pilules contraceptives et la prévalence de l’hypothyroïdie (RC 3,837 ; 95 % IC : 1,402 à 10,500 ; p = 0,009). La prise de pilules contraceptives de longue durée avait été associée à l’hypothyroïdie ; en particulier lorsque cette durée était supérieure à dix ans. 9
Dans la section suivante, nous allons passer en revue quelques nutriments et vitamines qui pourraient être bénéfiques pour la fonction thyroïdienne.
Une supplémentation en zinc pour les patients avec une hypothyroïdie
Des recherches ont précédemment démontré que le zinc (Zn) joue un rôle crucial dans le métabolisme des hormones thyroïdiennes. Plus spécifiquement, il régule l’activité des enzymes désiodases et la synthèse des hormones thyréolibérine (TRH) et thyréostimuline (TSH). Il module également les structures des facteurs de transition essentiels impliqués dans la synthèse des hormones thyroïdiennes. La concentration sérique de zinc semble avoir une influence sur les niveaux sériques de T3, T4, et TSH. 10 Il convient toutefois de noter qu’une supplémentation en zinc ne guérit pas une hypothyroïdie, mais remédie à une carence associée à la maladie.
Les résultats d’une étude récente effectuée sur un petit échantillon de 27 patients avec de l’hypothyroïdie ont révélé que les niveaux sériques de zinc, d’interleukine‑6 et du facteur de nécrose tumorale alpha étaient nettement plus bas chez les personnes atteintes d’hypothyroïdie (p < 0,05) que dans le groupe de contrôle. Les patients des deux groupes n’avaient pris aucun supplément / traitement pour leur thyroïde. Dans le groupe d’intervention, les hormones thyroïdiennes ont été mesurées au moment du diagnostic et six mois plus tard, après une supplémentation quotidienne de Zn (zinc élémentaire, 20 mg/j, une fois par jour). Dans le groupe de contrôle, les hormones thyroïdiennes n’avaient été mesurées qu’au début de l’étude. Après la supplémentation en zinc, les patients du groupe d’intervention avaient des niveaux plus élevés de l’interleukine‑6 et du facteur de nécrose tumorale alpha (p < 0,05), en comparaison avec le groupe de contrôle. 11
La vitamine D joue-t-elle un rôle dans l’hypothyroïdie ?

Les glandes thyroïdiennes ont des récepteurs de vitamine D. 12 Des études récentes ont démontré le rôle d’une carence en vitamine D dans des troubles de la thyroïde auto-immuns, comme la thyroïdite de Hashimoto, mais également non auto-immuns. 13,14,15,16,17
La recherche actuelle indique que les patients atteints d’hypothyroïdie pourraient être sujets à une hypovitaminose D avec hypocalcémie (faibles niveaux de vitamine D et de calcium). 18,19 Dans une étude effectuée sur un petit échantillon et utilisant une méthode spectrophotométrique, les niveaux sériques de vitamine D [25(OH)D] ont été mesurés chez 30 patients en bonne santé et 30 patients avec une hypothyroïdie. Les niveaux de vitamine D inférieurs à 20 ng/ml ont été classés comme étant carencés. Les niveaux des hormones thyroïdiennes (TSH, T3 et T4) et du calcium ont ensuite été mesurés chez tous les participants. Il est ressorti des résultats que les niveaux sériques de 25(OH)D étaient significativement plus bas chez les patients avec hypothyroïdie que dans le groupe de contrôle. Les niveaux de vitamine D n’étaient pas différents en comparant les patients hommes et femmes (t = −1,32, p > 0,05). Les niveaux sériques de calcium étaient également nettement plus faibles chez les patients avec hypothyroïdie que dans le groupe de contrôle. Les niveaux de calcium et de vitamine D étaient fortement associés à la sévérité de l’hypothyroïdie.20
Conclusion
Il semble y avoir un lien entre un usage à long terme de la pilule contraceptive et le déclenchement d’une hypothyroïdie. D’autre part, quelques études réalisées sur de petits échantillons suggèrent qu’il y aurait un lien entre l’hypothyroïdie et des faibles niveaux de zinc, de calcium et de vitamine D. Des études plus approfondies sont nécessaires et une meilleure compréhension de ces facteurs pourrait aider à définir des mesures préventives.
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