Dans la partie 1 de cet article, nous nous sommes intéressés aux éléments variés qui composent une formule cosmétique typique, mais également aux ingrédients souvent retirés des soins de la peau produits de manière plus propre. Nous allons à présent tourner notre attention sur les éléments essentiels liés au « cycle de vie » et impliqués dans la fabrication d’un produit plus respectueux de l’environnement ; nous verrons des exemples d’ingrédients alternatifs en cours d’étude ou déjà utilisés dans les soins de la peau écologiques ; et enfin, il sera question de ressources et d’approches à envisager pour identifier plus facilement les soins de la peau non toxiques.

Un emballage propre : des soins de la peau écologiques du point de vue du « cycle de vie »
Un aspect émergent, qui peut également définir la notion de produit dit « propre » est le fait que celui-ci intègre des éléments de durabilité, dans sa fabrication et son élimination. La durabilité se caractérise par la capacité à développer un produit pouvant répondre aux besoins actuels de la population, sans compromettre la capacité des futures générations à satisfaire leurs propres besoins. 1 On considère que la durabilité est l’intersection entre trois facteurs majeurs : environnemental, social et économique. 2 La dimension environnementale se rapporte aux notions de préservation des ressources naturelles et au fait maintenir l’intégrité de l’écosystème, et de la biodiversité. Cela peut par exemple se traduire par l’intégration de matières recyclables dans les emballages d’un produit. La dimension sociale implique les notions de maintien de l’équité et de l’identité culturelle, mais également d’accessibilité. Dans la pratique, cela signifie que si des matières premières sont exportées depuis une région spécifique et par le biais de sa population locale, cela doit être fait de manière éthique, en utilisant des pratiques de commerce équitable et sans entraver l’économie locale ou l’environnement. Enfin, l’aspect économique implique la faisabilité financière, à la fois générale et dans le contexte d’établir une durabilité environnementale et sociale. Concrètement, pour un fabricant, il s’agit de déterminer quel avantage financier il pourra retirer en intégrant des pratiques écologiques, notamment par la réduction des coûts, grâce à une meilleure utilisation de l’énergie et de l’eau, à une meilleure efficacité du transport permettant de réduire les dépenses en carburant (cela pourrait s’amplifier lorsque l’utilisation de camions entièrement électriques deviendra une pratique courante) et par une réduction du coût de l’emballage en ajustant la quantité de matériel utilisé. 3
Le tableau ci-dessous dresse une liste des principaux composants du cycle de vie d’un produit de soin de la peau et ce qu’il faut prendre en compte pour chacun d’entre eux si l’on souhaite créer un produit dit « propre ».
Élément clés du cycle de vie d’un produit propre 4
| Product design |
|
| Approvisionnement en matières premières |
|
| Product manufacturing |
|
| Emballage |
|
| Distribution du produit |
|
| Utilisation par le consommateur |
|
| Après l’utilisation par le consommateurcharge |
|
Des produits écologiques dans la pratique : exemples d’ingrédients alternatifs et de pratiques de fabrication plus respectueux de l’environnement
Si le développement de soins de la peau plus sains et plus respectueux de l’environnement est certes une démarche altruiste, il est néanmoins important de se rappeler que ces pratiques sont encore à un stade précoce. Un ingrédient cosmétique traditionnel ne peut pas être simplement remplacé par un autre qui serait plus naturel, plus propre, plus écologique. La création d’une formule implique un vaste ensemble d’éléments et pour les formulateurs de soins de la peau, il peut parfois être extrêmement complexe de parvenir à faire interagir un ingrédient avec tous les autres de manière efficace. Cela étant dit, il existe un certain nombre d’ingrédients durables qui commencent à émerger dans les soins de la peau sains et écologiques. En voici quelques exemples que l’on utilise déjà ou qui sont en cours de développement.

Hémi-squalane Dans le domaine des hydratants émollients, le squalane est un dérivé stabilisé du squalène, un composé naturel que l’on trouve dans les plantes et les animaux. Tandis que les requins des grands fonds étaient autrefois la seule source d’approvisionnement, nous avons désormais recours à des sources végétales plus durables comme l’huile d’amarante. L’hémi-squalane est une autre source durable car c’est une forme d’origine végétale, issue de la fermentation de la canne à sucre. 5,6
Tensioactifs alternatifs : En plus du vaste ensemble d’options traditionnelles de tensioactifs utilisés par exemple dans des produits nettoyants pour la peau, plusieurs options durables sont apparues sur le marché au cours des dernières années. Cela inclut les polyglucosides d’alkyle (APG) et d’autres tensioactifs à base de sucre, ainsi que des tensioactifs à base d’acides aminés. Les APG sont produits en faisant réagir des acides gras, qui peuvent par exemple être issus d’huile de coco, avec du glucose, qui peut quant à lui provenir de maïs ou de pomme de terre. Ces agents à base de sucre et facilement biodégradables fournissent une bonne production de mousse et assurent un bon nettoyage de la peau, tout en étant également bien tolérés. Le lauryl glucoside, le coco glucoside et le caprylyl/capryl glucoside en sont quelques exemples. Les tensioactifs à base de sucre incluent des esters de sucrose et de glucose. 7,8 Les tensioactifs à base d’acides aminés sont également utilisés dans des formules nettoyantes pour le même objectif. Ils sont généralement bien tolérés par la peau, fournissent une hydratation satisfaisante, préservent la barrière cutanée, en n’éliminant pas les composants de la matrice lipidique, et sont à la fois biodégradables et issus de sources durable. 9 Le potassium cocoyl glycinate, le sodium lauroyl glutamate et le sodium cocoyl methyl beta-alanine en sont quelques exemples. 10

Exfoliants corporels bons pour l’environnement :
Pendant longtemps, les produits nettoyants / gommages pour le corps et le visage avaient recours à des microbilles en plastique pour produire des effets exfoliants sur la peau. Malheureusement, ces microbilles étaient souvent composées de polymères plastiques qui étaient insolubles dans l’eau, n’étaient pas biodégradables et pouvaient absorber des polluants, auxquels les oiseaux et les espèces aquatiques étaient ensuite exposés. De nombreuses régions ont depuis interdit leur utilisation. Heureusement, il existe de nombreuses alternatives que l’on peut désormais retrouver sur le marché dans ce type de produits. Cela inclut des microbilles biodégradables fabriquées à base de cellulose ; d’agents d’origine végétale comme des coquilles, des écorces, des coques de noix, d’amande ou des noyaux d’abricot broyés ; des microbilles organiques fabriquées à base de sucre ; et enfin, des microbilles minérales à base de silice, de bentonite, de pierre ponce, de sel ou de sable de quartz.11,12
Ressources pour vous aider à choisir des produits plus sains
Sans définitions bien établies et imposées aux fabricants, en ce qui concerne la production de soins de la peau respectueux de l’environnement et non toxiques, les consommateurs sont dans une certaine mesure contraints de se fier aux déclarations des entreprises. Heureusement, de plus en plus de ressources sont aujourd’hui disponibles et peuvent nous aider à y voir plus clair, et à identifier les produits cosmétiques et les produits d’hygiène personnelle, qui remplissent les conditions d’un produit de soin de la peau sain pour nous et non nocif pour l’environnement.
| SkinDeep (par l’Environmental Working Group ; https://www.ewg.org/skindeep/) |
|
| Programmes de cosmétiques propres établis par des distributeurs |
|
| Smart Label (www.smartlabel.org) |
|
Même s’il reste encore beaucoup de travail à faire, afin de mieux comprendre les effets de certains ingrédients cosmétiques, que ce soit sur la santé ou l’environnement, d’établir des critères d’étiquetage plus transparents, mais également d’intégrer des ingrédients et des produits développés par le biais de procédés de fabrication respectueux de l’environnement, ce domaine des soins de la peau suscite enfin l’intérêt et l’engouement qu’il mérite. Dans tous les cas, cela permet de rappeler aux fabricants et aux consommateurs que nous devrions tous avancer vers l’objectif commun de créer et d’utiliser davantage de produits efficaces, sains et respectueux de l’environnement sur le long terme.
References
- Bom, S., J. Jorge, H.M. Ribeiro, and J. Marto. “A step forward on sustainability in the cosmetics industry: A review”. Journal of Cleaner Production, Vol. 225 (2019): 270–290.
- Bom et al, “A step forward.”
- Bom et al, “A step forward.”
- Bom et al, “A step forward.”
- Bom et al, “A step forward.”
- Goyal, N., and F. Jerold. “Biocosmetics: Technological advances and future outlook.” Environmental Science and Pollution Research International, 2021: 1–22 [online ahead of print].
- Bom et al, “A step forward.”
- Pantelic, I., and B. Cuckovic. “Alkyl polyglucosides: An emerging class of sugar surfactants.” Chapter 1 (p. 1–19) in Pantelic, I., ed. Alkyl polyglucosides: From natural-origin surfactants to prospective delivery systems. Cambridge: Woodhead Publishing, 2014, 208 p., ISBN 978‑1‑908818‑77‑5.
- Ong, C. “Holistic skin care approach: How wellness influences beauty?” SpecialChem · https://cosmetics.specialchem.com/tech-library/article/holistic-skin-care-approach-how-wellness-influences-beauty · 2021‑02‑19 · Accessed 2022‑06‑14.
- Universal Selector™ database. https://cosmetics.specialchem.com/selectors/c-ingredients-surfactants-cleansing-agents-amphoterics-amino-acid-derivatives · Accessed 2022‑06‑14.
- Bom et al, “A step forward.”
- Draelos, Z. “Cosmeceuticals: What’s real, what’s not.” Dermatologic Clinics, Vol. 37, No. 1 (2019): 107–115.