Endométriose
L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique caractérisée par la présence de tissu endométrial en dehors de l’utérus [1]. Touchant environ 10 % des femmes en âge de procréer [2], ses symptômes les plus fréquents sont des douleurs pelviennes chroniques invalidantes et l’infertilité [3]. D’autres symptômes de l’endométriose peuvent inclure une dyspareunie profonde, des troubles intestinaux et vésicaux, des ballonnements, des lombalgies, des saignements vaginaux anormaux, et de la fatigue, entre autres. Les symptômes sont variables et dépendent de la localisation de la croissance du tissu endométrial, qui peut être présente dans le péritoine, les ovaires, l’uretère, le rectosigmoïde, et la vessie [4].

Le diagnostic de l’endométriose peut être posé par imagerie (échographie et imagerie par résonance magnétique), chirurgicalement, ou sur la base des symptômes. Les lésions endométriales peuvent être visibles ou non à l’échographie transvaginale, selon leur localisation [5]. L’expérience de l’échographiste dans l’évaluation de l’endométriose, ainsi que l’utilisation de techniques échographiques spécifiques — qui ne font pas nécessairement partie de l’échographie transvaginale standard — sont des éléments importants du diagnostic de l’endométriose par échographie [6]. La laparoscopie avec confirmation histopathologique est considérée comme la méthode de référence pour le diagnostic [7], bien que le diagnostic puisse également être posé cliniquement sur la base des symptômes [8]. Les longs délais diagnostiques sont une triste réalité pour de nombreuses personnes atteintes d’endométriose (une étude a rapporté un délai diagnostique moyen de 6,7 ans) [9], en raison de symptômes non spécifiques qui peuvent être confondus avec d’autres maladies gynécologiques ou gastro-intestinales. Ce retard diagnostique contribue à des souffrances inutiles pour les patientes et à des couts élevés de recours aux soins avant le diagnostic [10].
La physiopathologie de l’endométriose n’est pas entièrement comprise. Une théorie suggère des menstruations rétrogrades, où le sang menstruel reflue dans la cavité pelvienne au lieu de sortir du corps. Les théories métaplasiques et métastatiques offrent également des explications : la théorie métaplasique suggère que les cellules péritonéales normales peuvent se transformer en cellules endométriales, tandis que la théorie métastatique propose que les cellules endométriales se propager par les vaisseaux sanguins ou lymphatiques vers d’autres parties du corps. La prédisposition génétique, le dysfonctionnement immunitaire, et les facteurs environnementaux doivent également être pris en compte [11], en plus des influences hormonales. La dominance locale des estrogènes et la résistance à la progestérone stimulent l’implantation des cellules endométriales, la neuroangiogenèse, et l’inflammation associées à la maladie [12].
Les patientes atteintes d’endométriose présentent également un risque accru de maladies comorbides. Elles présentent un risque deux fois plus élevé de développer des kystes ovariens, des fibromes utérins, une inflammation pelvienne, un syndrome du côlon irritable, et un cancer de l’ovaire ou de l’endomètre [13]. Des comorbidités auto-immunes, inflammatoires, et liées à la santé mentale sont également fréquentes chez les patientes atteintes d’endométriose, en plus d’un dysfonctionnement de l’axe hypothalamo–hypophyso–surrénalien et d’un hypocortisolisme [14]. L’infertilité peut également être associée à l’endométriose. De nombreux facteurs, notamment des douleurs chroniques, une diminution de la réserve ovarienne, une production d’hormones stéroïdiennes déréglée, une qualité ovocytaire réduite, une ovulation altérée, et une réceptivité endométriale réduite, peuvent tous contribuer à l’infertilité liée à l’endométriose [15].
Bien qu’il n’existe aucun remède connu contre l’endométriose, de nombreuses options thérapeutiques fondées sur des données probantes permettent de gérer les symptômes [16]. Le traitement peut inclure des modalités hormonales, non hormonales, et chirurgicales, le choix de l’intervention dépendant de la gravité de la maladie, des symptômes, des objectifs, et du souhait de la patiente de préserver sa fertilité. Les traitements conventionnels de première intention actuels de l’endométriose incluent des stratégies de gestion de la douleur telles que les analgésiques et les traitements hormonaux, comme les progestatifs et les contraceptifs oraux combinés [17]. L’intervention chirurgicale est également une option ; cependant, elle ne traite pas la physiopathologie sous-jacente, et un taux élevé de récidive de l’endométriose, de douleurs persistantes, et d’autres complications potentielles peuvent survenir après l’opération [18]. D’autres interventions non pharmacologiques, comme la psychothérapie et la du plancher pelvien, peuvent également être envisagées dans le cadre d’un plan de traitement intégratif complet [19].
Thérapies intégratives

Mélatonine
La mélatonine est une neurohormone endogène connue pour ses effets somnifères. Outre son rôle dans le rythme circadien, la mélatonine interagit également avec l’axe hypothalamo–hypophyso–gonadique (HPG), notamment avec les organes reproducteurs féminins, et est un puissant antioxydant [20].
La supplémentation en mélatonine a démontré un potentiel thérapeutique chez les patientes atteintes d’endométriose. Dans un essai randomisé, en double aveugle et contrôlé par placébo, 40 femmes adultes atteintes d’endométriose et souffrant de douleurs pelviennes chroniques ont reçu 10 mg de mélatonine par jour pendant 8 semaines [21]. Le groupe traité à la mélatonine a présenté une douleur significativement plus faible dès la troisième semaine de traitement, et cette diminution s’est poursuivie jusqu’à la huitième semaine. Le groupe traité à la mélatonine a constaté une réduction moyenne de la douleur de 39,30 % par rapport au groupe ayant reçu le placébo. La consommation d’analgésiques a également diminué dans le groupe traité ; le groupe ayant reçu le placébo était 80 % plus susceptible d’en utiliser par rapport au groupe traité à la mélatonine. Aucun effet secondaire grave ou modéré n’a été observé suite au traitement [22].
Les bienfaits thérapeutiques de la mélatonine résideraient dans son activité antioxydante et sa capacité à réguler la production et la fonction des hormones stéroïdes. Parmi les autres mécanismes potentiels par lesquels la mélatonine exerce des effets thérapeutiques sur l’endométriose figurent ses activités antiestrogénique, progestative, antiproliférative, proapoptotique, antiadhésive, antiangiogénique, et immunomodulatrice [23]. La mélatonine a également été étudiée dans le contexte d’autres maladies gynécologiques et reproductives ; il a été démontré qu’elle pourrait jouer un rôle de soutien dans la restauration de l’irrégularité du cycle associée au syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), en plus de favoriser la qualité des ovocytes et d’augmenter les taux de fertilité chez les personnes infertiles. Les auteurs concluent que des recherches plus approfondies sur le rôle thérapeutique de la mélatonine dans l’endométriose sont nécessaires pour élucider ses effets [24].
PEA
Le N‑palmitoyléthanolamide (PEA) est un acide gras naturellement produit par l’organisme, et doté d’une activité antiinflammatoire, immunomodulatrice, et antihyperalgésique. Le PEA est un lipide de type endocannabinoïde pouvant altérer l’activité des mastocytes et des cellules microgliales, qui jouent un rôle clé dans le développement de la douleur [25]. Le PEA a été étudié dans le contexte de douleurs chroniques d’étiologies diverses, notamment la neuropathie diabétique, les lombalgies chroniques, la sclérose en plaques, et les maladies oncologiques [26]. Le traitement par PEA a significativement réduit l’intensité de la douleur chez toutes les participantes, indépendamment de la pathologie à l’origine de la douleur, et chez les participantes sans traitement antalgique, sans effets indésirables [27].
Une méta-analyse examinant les douleurs pelviennes liées à l’endométriose a évalué quatre études sur le potentiel thérapeutique du PEA micronisé en association avec la trans‑polydatine [28]. À une dose de 400 mg / 40 mg (PEA / trans‑polydatine) deux fois par jour pendant trois mois, une réduction cliniquement significative des douleurs pelviennes chroniques et de la dysménorrhée a été observée. Les auteurs ont toutefois noté que les études incluses étaient de piètre qualité, et que des recherches supplémentaires étaient nécessaires pour explorer plus en détail l’utilisation du PEA chez les personnes atteintes d’endométriose [29].
Une petite étude pilote ouverte a également examiné l’impact du PEA ultramicronisé et du PEA comicronisé/polydatine chez 30 femmes atteintes d’endométriose [30]. Le traitement a débuté par du PEA deux fois par jour pendant 10 jours, suivi du PEA/polydatine pendant 80 jours. Les participantes ont été suivies progressivement tout au long de la période de traitement et pendant 30 jours après son arrêt. Après 90 jours de traitement, une réduction statistiquement significative des douleurs pelviennes chroniques, de la dysménorrhée, de la dyschésie, et de la dyspareunie a été observée par rapport aux valeurs initiales. La réduction des douleurs pelviennes chroniques et de la dysménorrhée est également restée significative 30 jours après l’intervention [31].
NAC
La N‑acétylcystéine (NAC) est un précurseur de la cystine, un acide aminé. Dans l’organisme, la NAC est convertie en cystéine, puis en glutathion, un puissant antioxydant. Le glutathion joue un rôle crucial dans la détoxification et l’élimination des radicaux libres [32]. L’endométriose est une maladie associée à des taux élevés de radicaux libres, à une diminution des antioxydants et de la détoxification, et donc à une inflammation importante [33].
Une étude a examiné l’effet de l’administration de NAC sur la douleur liée à l’endométriose et la taille de l’endométriome ovarien comme objectifs principaux. Les mesures secondaires comprenaient l’évaluation de l’effet de la NAC sur la fertilité et les taux sériques de Ca¹²⁵. Cent vingt participantes âgées de 15 à 45 ans ont été recrutées pour l’étude. La NAC a été administrée à la dose de 600 mg trois fois par jour, trois jours consécutifs par semaine, pendant 3 mois. Après 3 mois de traitement, les scores subjectifs de dysménorrhée, de dyspareunie, et de douleur pelvienne chronique ont été significativement réduits avec le traitement par NAC par rapport aux valeurs initiales. L’utilisation d’AINS a également été significativement réduite de 10,3 %, et la taille de l’endométriome ovarien et les taux sériques de Ca¹²⁵ ont été significativement réduits. Parmi les patientes souhaitant procréer, 75 % ont obtenu une grossesse spontanée en 6 mois, et 11,5 % grâce à la procréation médicalement assistée (PMA). Les chercheurs ont conclu que la NAC est efficace pour réduire la douleur liée à l’endométriose, la taille de l’endométriome, et le Ca¹²⁵ sérique, et qu’il peut être un traitement potentiel pour les femmes atteintes d’endométriose et désireuses d’avoir une grossesse [34].

Conclusion
En résumé, l’endométriose est une maladie inflammatoire chronique fréquente qui touche les femmes en âge de procréer. Elle est souvent associée à des symptômes invalidants, notamment des douleurs pelviennes chroniques. Le diagnostic peut être posé par imagerie, laparoscopie, ou sur la base des symptômes cliniques. Diverses comorbidités sont fréquentes avec l’endométriose. Les traitements conventionnels actuels incluent des stratégies non hormonales de gestion de la douleur, des thérapies hormonales, et, parfois, une intervention chirurgicale. La gestion intégrative de l’endométriose par des modalités naturopathiques peut inclure une supplémentation en mélatonine, en PEA, ou en NAC. Grâce à leur activité antiinflammatoire et antioxydante, ces traitements peuvent contribuer à soulager la douleur et à soutenir la gestion globale des symptômes chez les personnes atteintes d’endométriose.
Références
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[3] Horne et Stacey, op. cit.
[4] Allaire, C., M.A. Bedaiwy, and P.J. Yong. “Diagnosis and management of endometriosis.” CMAJ, Vol. 195, No. 10 (2023): E363–E371.
[5] Ibid.
[6] Leonardi, M., and G. Condous. “How to perform an ultrasound to diagnose endometriosis.” Australasian Journal of Ultrasound in Medicine, Vol. 21, No. 2 (2018): 61–69.
[7] Allaire, Bedaiwy, et Yong, op. cit.
[8] Becker, C.M., A. Bokor, O. Heikinheimo, A. Horne, F. Jansen, L. Kiesel, K. King, et al; ESHRE Endometriosis Guideline Group. “ESHRE guideline: Endometriosis.” Human Reproduction Open, Vol. 2022, No. 2 (2022): hoac009.
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[10] Surrey, E., A.M. Soliman, H. Trenz, C. Blauer‑Peterson, and A. Sluis. “Impact of endometriosis diagnostic delays on healthcare resource utilization and costs.” Advances in Therapy, Vol. 37, No. 3 (2020): 1087–1099.
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[12] Vannuccini, S., S. Clemenza, M. Rossi, and F. Petraglia. “Hormonal treatments for endometriosis: The endocrine background.” Reviews in Endocrine and Metabolic Disorders, Vol. 23, No. 3 (2022): 333–355.
[13] Surrey, E.S., A.M. Soliman, S.J. Johnson, M. Davis, J. Castelli‑Haley, and M.C. Snabes. “Risk of developing comorbidities among women with endometriosis: A retrospective matched cohort study.” Journal of Women’s Health, Vol. 27, No. 9 (2018): 1114–1123.
[14] Vannuccini et autres, op. cit.
[15] Bonavina, G., and H.S. Taylor. “Endometriosis-associated infertility: From pathophysiology to tailored treatment.” Frontiers in Endocrinology, Vol. 13 (2022): 1020827.
[16] Horne et Missmer, op. cit.
[17] Ibid.
[18] Vannuccini et autres, op. cit.
[19] Horne et Missmer, op. cit.
[20] Li, Y., S.‑W. Hung, R. Zhang, G.C.‑W. Man, T. Zhang, J.P.‑W. Chung, L. Fang, and C.‑C. Wang. “Melatonin in endometriosis: Mechanistic understanding and clinical insight.” Nutrients, Vol. 14, No. 19 (2022): 4087.
[21] Schwertner, A., C.C. Conceição Dos Santos, G.D. Costa, A. Deitos, A. de Souza, I.C. Custodio de Souza, I.L.S. Torres, J.S. L. da Cunha Filho, and W. Caumo. “Efficacy of melatonin in the treatment of endometriosis: A phase II, randomized, double-blind, placebo-controlled trial.” Pain, Vol. 154, No. 6 (2013): 874–881.
[22] Ibid.
[23] Li et autres, op. cit.
[24] Ibid.
[25] Nobili, S., L. Micheli, E. Lucarini, A. Toti, C. Ghelardini, and L. Di Cesare Mannelli. “Ultramicronized N‑palmitoylethanolamine associated with analgesics: Effects against persistent pain.” Pharmacology & Therapeutics, Vol. 258 (2024): 108649.
[26] Gatti, A., M. Lazzari, V. Gianfelice, A. Di Paolo, E. Sabato, and A.F. Sabato. “Palmitoylethanolamide in the treatment of chronic pain caused by different etiopathogenesis.” Pain Medicine, Vol. 13, No. 9 (2012): 1121–1130.
[27] Ibid.
[28] Indraccolo, U., S.R. Indraccolo, and F. Mignini. “Micronized palmitoylethanolamide/trans-polydatin treatment of endometriosis-related pain: A meta-analysis.” Annali dell’Istituto Superiore di Sanita, Vol. 53, No. 2 (2017): 125–134.
[29] Ibid.
[30] Stochino Loi, E., A. Pontis, V. Cofelice, S. Pirarba, M.F. Fais, A. Daniilidis, I. Melis, A.M. Paoletti, and S. Angioni. “Effect of ultramicronized-palmitoylethanolamide and co-micronized palmitoylethanolamide/polydatin on chronic pelvic pain and quality of life in endometriosis patients: An open-label pilot study.” International Journal of Women’s Health, Vol. 11 (2019): 443–449.
[31] Ibid.
[32] Mokhtari, V., P. Afsharian, M. Shahhoseini, S.M. Kalantar, and A. Moini. “A review on various uses of N‑acetyl cysteine.” Cell Journal, Vol. 19, No. 1 (2017): 11–17.
[33] Clower, L., T. Fleshman, W.J. Geldenhuys, and N. Santanam. “Targeting oxidative stress involved in endometriosis and its pain.” Biomolecules, Vol. 12, No. 8 (2022): 1055.
[34] Anastasi, E., S. Scaramuzzino, M.F. Viscardi, V. Viggiani, M.G. Piccioni, L. Cacciamani, L. Merlino, A. Angeloni, L. Muzii, and M.G. Porpora. “Efficacy of N‑acetylcysteine on endometriosis-related pain, size reduction of ovarian endometriomas, and fertility outcomes.” International Journal of Environmental Research and Public Health, Vol. 20, No. 6 (2023): 4686.