Thérapie Comportementale Élémentaire – Recommandations pour Créer un Changement Durable
by Amy Henehan, ND
Website: www.docerenaturalhealthcare.com

La pratique la plus facile pour un(e) professionnel(le) de la santé est de prescrire simplement un traitement à un(e) patient(e), attendre et espérer qu’il résoudra le problème de santé. Des études en thérapie comportementale suggèrent cependant que nous pouvons réellement faire une différence à long terme, si nous prenons le temps de creuser un peu pour comprendre la vie quotidienne des patient(e)s.
Qu’elle concerne une recommandation pour un nouveau régime de supplémentation, un changement de mode de vie ou d’alimentation, la création d’une modification comportementale durable va au delà des simples directives sur ce qu’on « doit » ou « devrait » faire pour améliorer sa santé. Les succès à long terme sont plus probables quand nous planifions des altérations mineures progressives à intégrer dans le quotidien des patient(e)s. Prendre le temps d’implémenter un traitement directement dans l’environnement naturel des patient(e)s peut augmenter la probabilité que les comportements sains perdurent après le traitement [1].
Aller Plus Loin pour Améliorer l’Adhésion
Les docteur(e)s en naturopathie suivent une sorte de guide qui aide à prioriser les types d’interventions devant être recommandés avant les autres. En règle générale, ce guide, appelé « ordre thérapeutique », priorise les traitements minimalement invasifs qui soutiennent les capacités naturelles de guérison du corps, avant tout traitement invasif, comme un médicament ou une opération. À terme, quel que soit le type de professionnel(le) de santé qui fournit les soins, le traitement, ou l’intervention, le moins invasif à implémenter pour initier un changement de santé repose sur des habitudes de mode de vie sain – plus spécifiquement, des recommandations sur l’alimentation et l’exercice. Pour la plupart, nous avons tous besoin de manger et de faire bouger notre corps, alors apprendre comment le faire de manière optimale peut vraiment avoir un impact sur notre santé.
Dire à quelqu’un de manger sainement et de faire de l’exercice paraît simple, mais le problème est celui-ci : la plupart des gens ont déjà une notion de ce qui constitue une alimentation saine et savent que l’exercice est bon pour la santé. Ils savent déjà que s’ils faisaient ce qui est bon pour eux, ils auraient plus de chances d’atteindre leurs objectifs de santé. Alors, la question devient : « Pourquoi ne le font-ils pas ? » et aussi : « Comment les professionnel(le)s de la santé peuvent les aider à le faire ? ». Dans ce genre de cas, ce n’est pas l’ignorance de ce qui est mieux, c’est une difficulté à intégrer et adhérer aux changements de mode de vie qu’on leur recommande.
Certaines raisons pour lesquelles les personnes ne font pas ce qu’elles savent bon pour leur santé :
Elles se sentent dépassées par les informations et ne savent pas par où commencer;
Elles ne comprennent pas complètement pourquoi certaines recommandations sont bonnes pour leur santé; ou
Il n’y a personne pour les tenir responsables de leurs actions, à part elles-mêmes [2][3][4][5].
Il est donc important que les professionnel(le)s des soins de santé approfondissent et analysent si des obstacles empêchant d’adopter un mode de vie sain existent réellement. Quelle que soit la raison profonde, le processus de thérapie comportementale peut aider à faire la lumière sur le problème et révéler la cause profonde du problème [1].

Qu’est-ce que la Thérapie Comportementale ?
Un point important à souligner est de ne pas faire d’amalgame avec la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). La thérapie comportementale est une approche thérapeutique distincte, possédant des caractéristiques et des techniques identifiables, qui la rendent à la fois pratique et pertinente à la pratique de la médecine naturopathique. Elle est surtout utile pour guider l’implémentation de changements de mode de vie minimalement invasifs, mentionnés précédemment comme première étape dans l’ordre thérapeutique.
Bien qu’elle ne soit pas facile à définir, la thérapie comportementale a plusieurs thèmes courants qui aident à la décrire. Principalement, la thérapie comportementale repose sur des comportements clairement définis, observables et mesurables [1]. Les pensées et les émotions sont prises en compte par la thérapie comportementale; mais la discussion sur la manière de les rendre définissables, observables et mesurables ne fait pas l’objet de cet article.
La thérapie comportementale intègre une variété de techniques comprenant la thérapie d’exposition, la thérapie imitative, la pleine conscience et la thérapie de l’acceptation et de l’engagement [1].
En quoi la Thérapie Comportementale est-elle Adaptée à la Médecine Naturopathique ?
La thérapie comportementale est adaptée à la pratique de la médecine naturopathique car elles impliquent toutes les deux :
- Un processus individualisé;
- Des changements intégrés directement dans le mode de vie des patient(e)s;
- Une relation collaborative de confiance entre le(la) docteur(e) et le(la) patient(e), et un traitement de la cause profonde ou des obstacles à la guérison [1].
Comment ça Marche : Un Profil de la Thérapie Comportementale
(Pour illustrer le processus, nous allons faire référence au personnage fictif d’Amanda et à son expérience avec la thérapie comportementale.)
- Premièrement, il est important de clarifier le problème. Il est préférable de se concentrer seulement sur un ou deux problèmes à la fois, pour ne pas être dépassé(e).
(Par exemple, Amanda cherche un(e) docteur(e) pour l’aider, car elle a pris du poids et ne semble pas être capable de contrôler son alimentation. Le processus de clarification révèle qu’Amanda est stressée par le travail scolaire et son problème d’alimentation est apparu au moment de la rentrée scolaire.) - Deuxièmement, les objectifs du traitement sont définis. Bien que la plupart des patient(s) définissent des objectifs, le(la) docteur(e) joue un rôle important pour garantir que les objectifs sont réalistes, sûrs et peu probables d’avoir des conséquences négatives.
(Par exemple, si Amanda a décidé que son objectif était de perdre 5 kg en deux semaines, son(sa) docteur(e) lui conseille que ce n’est pas bon pour sa santé et irréaliste, et peut plutôt recommander un objectif de 1 kg/semaine sur six semaines.) - La troisième étape est de définir plus précisément un « comportement cible », qui est un aspect mesurable du problème global. Cela consiste à se focaliser sur un élément du problème à la fois. Le comportement cible peut être un comportement à encourager (par ex. l’exercice) ou à brider (par ex. manger des gâteaux). Il est préférable de commencer par un comportement cible qui génère le moins d’anxiété.
(Par exemple, le comportement cible d’Amanda est sa consommation de chocolat, qui doit être réduite.) - Ensuite, le comportement cible doit être mesuré au début et pendant la thérapie, pour s’assurer d’obtenir l’effet souhaité. Les mesures peuvent inclure la durée, l’intensité, la fréquence ou la quantité de sous-produits [1].
(Par exemple, Amanda doit compter ses emballages de barres chocolatées à la fin de chaque journée.) - Ensuite, tout ce qui a été énoncé ci-dessus doit être pris en compte avec attention et le comportement cible doit être respecté. Les événements qui précèdent le comportement sont appelés « antécédents », et ceux qui suivent sont appelés « conséquences ». Les antécédents sont décomposés en catégories, comprenant les « prérequis », « événements déclencheurs » et « sollicitations ». Les événements déclencheurs désignent l’environnement propice à l’apparition d’un comportement [1][6].
(Par exemple, la boulimie d’Amanda est précédée par le stress et le trajet à pied jusqu’au magasin pour acheter des barres chocolatées. Les prérequis comprennent la possibilité de se rendre au magasin, savoir comment s’y rendre et l’argent nécessaire pour acheter le chocolat. L’événement déclencheur est quand elle entend ses camarades de classe discuter des dates limites des devoirs à rendre. Elle est sollicitée à l’arrêt de bus par une publicité pour une barre chocolatée. Les conséquences les plus immédiates de manger des barres chocolatées sont qu’elle ressent un regain d’énergie et de satisfaction. Peu après ça, elle ressent une baisse d’énergie, de la culpabilité et un mal de ventre.) - Une des étapes les plus importantes implique de décider quels antécédents et conséquences permettent au comportement cible de perdurer. Ce sont les « conditions de maintien ».
(Pour Amanda, la conséquence de ressentir immédiatement de la satisfaction et de l’énergie après avoir mangé des barres chocolatées est fort probablement une condition de maintien, plutôt que son mal de ventre survenant par la suite.) - Finalement, on veut que les bons comportements soient faciles à suivre et que les conséquences des bons comportements soient séduisantes, pour que le comportement se reproduise par la suite. De même pour les mauvais comportements.
- Toutes les informations accumulées permettent alors de mettre au point et d’implémenter un plan de traitement. Cela est accompli en décidant quelles contions de maintien exercent le plus de contrôle sur le comportement cible et lesquelles altérer. Cette étape consiste à choisir une technique de thérapie comportementale la plus appropriée pour le(la) patient(e) et le problème, et à l’appliquer pour altérer les conditions de maintien. (Note : Dans la thérapie comportementale, les conditions de maintien sont considérées comme la cause profonde du problème, alors que le comportement cible est considéré comme un symptôme des conditions de maintien.) [1]
(Dans le cas d’Amanda, le stress ressenti avant la boulimie est une condition de maintien pour le comportement de manger des barres chocolatées. Il serait donc bénéfique de diminuer le stress. Pour ce faire, son(sa) docteur(e) peut suggérer des techniques de pleine conscience, où elle pratique le fait d’exacerber l’instant présent, sans jugement et sans essayer de changer ce qui ce passe.) - Une fois que le traitement est implémenté, il est important de continuer à mesurer le comportement cible. Si l’effet désiré ne se produit pas, alors une réévaluation du comportement cible et des conditions de maintien peut être nécessaire.

Les informations ci-dessus ne sont qu’un aperçu de quelques techniques proposées par la thérapie comportementale. Que l’objectif soit de favoriser un bon comportement, de contrarier un mauvais comportement ou de simplement changer la manière dont une personne répond à sa détresse causée par un problème existant, la thérapie comportementale et la médecine naturopathique peuvent agir en synergie pour atténuer le problème. Explorer la possibilité d’incorporer la thérapie comportementale à un plan de traitement peut être bénéfique aussi bien aux patient(e)s qu’aux professionnel(le)s de la santé.
Références
- Spiegler MD, & Guevremont DC. Contemporary behaviour therapy 5th ed. California, USA: Wadsworth, 2010.
- Santakke S, Budania R, Bajait C, Jaiswal K & Pimpalkhute S. Evaluation of adherence to therapy in patients with chronic kidney disease. Indian J Pharmacol. 2015; 47(6): 668-671.
- Rise MB, Pellerud A, Rygg L, & Steinsbekk A. Making and maintaining lifestyle changes after participating in group-based type 2 diabetes self-management educations: a qualitative study. Plos One. 2013.
- Lieber SR, Helcer J, & Shemesh E. Monitoring drug adherence. Transplant Rev. 2015; 29(2): 73-77.
- Hommel KA, Hente E, Herzer M, Ingerski LM, & Denson LA. Telehealth behavioural treatment for medication nonadherence: a pilot and feasibility study. Eur J Gastroeneterol Hepatol. 2013; 25(4): 469-473.
- McGuire J, Ricketts EJ, Piacentini J, Murphy TK, Storch EA, & Lewin A. Behaviour therapy for tic disorders: evidence-based review and new directions for treatment. Curr Dev Disord Rep. 2015; 2(4): 309-317.