Déséquilibre thyroïdien : par où commencer ?
by Dr.Krysten DeSouza, ND
Collaborative Healthcare Network
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Website: www.desouzanaturopathic.com
Si la glande thyroïde est l’une des plus petites glandes du corps, son influence sur notre bien-être est particulièrement importante. La médecine conventionnelle se fie en grande partie aux analyses de laboratoire pour le diagnostic et le suivi des problèmes thyroïdiens, mais de plus en plus de personnes se tournent vers la médecine naturopathique pour les aider à traiter des symptômes existant alors même que leurs résultats d’analyse semblent normaux.
L’hyperthyroïdie est une suractivité de la thyroïde, qui se manifeste souvent à l’analyse sanguine par un faible taux de thyréostimuline, ou TSH. Les personnes atteintes d’hyperthyroïdie souffrent en général de perte de poids, transpiration excessive, palpitations cardiaques, fatigue, nervosité, anxiété et insomnie.
L’hypothyroïdie est une sous-activité de la thyroïde, qui se manifeste souvent à l’analyse sanguine par un taux élevé de TSH. Les symptômes couramment associés à l’hypothyroïdie sont : prise de poids, perte d’appétit, chute des cheveux, faiblesse musculaire, douleurs et fatigue.
D’après mon expérience, rares sont les personnes qui entrent exactement dans l’une de ces catégories. J’en ai vu certaines qui ont une analyse de sang normale et présentent tous les symptômes de l’hyperthyroïdie, alors que d’autres, avec un taux élevé de TSH, n’ont aucun symptôme ! Mais notre organisme est si complexe que la thyroïde agit rarement de façon isolée. Ce que je veux dire, c’est que quand un organe subit un stress, le corps réagit en puisant des ressources dans d’autres organes pour compenser et répondre aux besoins. Il est très rare que la thyroïde soit la priorité quand il s’agit de mettre en place un programme de soins. Si la thyroïde est touchée, c’est que beaucoup d’autres systèmes organiques ont été surmenés, et nous devons faire machine arrière pour essayer d’en déterminer la cause.
Des surrénales trop sollicitées – Le stress nous affecte tous, et même lorsqu’on ne se sent pas émotionnellement stressé, notre corps peut l’éprouver à un niveau plus profond. Le cortisol est la principale hormone du stress, libérée par nos glandes surrénales. Il sert à concentrer notre attention, à mobiliser nos ressources énergétiques, et à préparer notre corps, si nécessaire, à fuir une situation dangereuse. Une forte demande de cortisol exercera une pression élevée sur les surrénales en utilisant leurs réserves, et l’organisme se tournera finalement vers d’autres systèmes pour éviter l’épuisement des ressources. La thyroïde est souvent concernée par ce processus, envoyant des nutriments là où ils sont nécessaires pour assurer le fonctionnement de l’organisme pendant un stress prolongé.
Une carence en progestérone – La progestérone est une importante hormone féminine, impliquée dans le processus de production du cortisol. Lorsque l’organisme peine à répondre à la demande de cortisol, il commence à en tirer de cette hormone, compromettant l’équilibre nécessaire au maintien du cycle hormonal. La progestérone manquante ne peut pas contrebalancer le taux plus élevé d’œstrogènes, ce qui pousse le foie à produire une protéine appelée la « globuline liant la thyroxine ». L’effet se propage, comme dans un jeu de dominos. Si nous lions toutes nos hormones thyroïdiennes, nous n’en avons plus assez pour remplir toutes les fonctions de la glande (1).
Un manque de fer – Les femmes ont un risque plus élevé de carence en fer en raison du cycle menstruel, et consomment généralement peu de viande rouge, source de fer biodisponible. Le fer est un élément nécessaire à la synthèse de l’hormone thyroïdienne, sans lequel l’activité d’une enzyme importante appelée « thyroperoxydase » se trouve réduite (2). Il va de soi qu’une personne présentant une carence en fer verra son activité thyroïdienne diminuer, mais si l’analyse sanguine ne concerne que le taux d’hormone thyroïdienne, la carence en fer passera totalement inaperçue.
Une fois ces autres causes sous-jacentes corrigées, si la thyroïde ne fonctionne toujours pas de façon optimale, il faut envisager de la traiter directement. L’hormone thyroïdienne est produite par la glande thyroïde en réponse à la THS libérée dans le cerveau par l’antéhypophyse. Le signal du cerveau stimule la glande thyroïde pour produire de la T4 (thyroxine) peu active, qui se convertira ensuite en T3 (triiodothyronine) active. De nombreux nutriments et vitamines sont nécessaires à la production de T4, et à sa conversion en T3. Le défaut d’un de ces nutriments peut entrainer un retard dans le système entier.
Ces nutriments peuvent être considérés comme des tickets de péage sur une autoroute. Si le péage n’a plus de tickets à distribuer, les voitures sont bloquées sur l’autoroute et personne n’atteint sa destination. Mais dès que l’on réapprovisionne le stock de tickets, les voitures peuvent repartir et la circulation reprendre son cours. Sans les bons nutriments, la thyroïde ne peut pas remplir sa fonction, et le processus s’arrête. Identifier une carence pouvant être une solution simple à un énorme problème, vous pouvez envisager d’enrichir votre alimentation avec ces nutriments :
Sélénium – Comme nous l’avons vu, l’hormone thyroïdienne existe dans le corps sous forme de T4 peu active, qui se convertit ensuite en T3 active pour réguler le métabolisme. Cette conversion de T4 en T3 nécessite du sélénium et divers autres nutriments pour faciliter le processus (2). Cela signifie que le manque de sélénium nous condamne à garder notre T4 peu actif, et nous prive de stimulation métabolique.
Vitamine B12 – Importante vitamine B pour l’état psychique et neurologique, la B12 est également nécessaire pour produire la thyréostimuline (TSH). C’est aussi un facteur important pour la production des globules rouges, ce qui signifie qu’une carence en vitamine B12 peut expliquer votre manque d’énergie par une combinaison de faiblesse thyroïdienne et d’une production réduite de globules rouges.
Zinc – Nous savons tous que le zinc joue un rôle important dans la bataille immunitaire, et nous en avalons un comprimé dès que nous commençons à nous sentir malades. Mais le zinc est aussi un composant crucial de la TSH, sans lequel nous sommes en déséquilibre thyroïdien.
Magnésium – Le magnésium fait partie intégrante de pratiquement toutes les réactions énergétiques de l’organisme ; il profite à l’activité musculaire et au sommeil, et combat l’anxiété… entre autres. Si tout le monde se sent mieux en prenant du magnésium, c’est peut-être en partie en raison de son rôle dans la production de la TSH qui, comme nous le savons, est importante pour déclencher la production de l’hormone thyroïdienne.
Iode – La T4, forme peu active de l’hormone thyroïdienne, nécessite 4 molécules d’iode. Vous devinez la suite : sans iode, pas d’hormone thyroïdienne. Grâce à l’introduction du sel iodé en Amérique du Nord, les goitres ont presque disparu, ce qui montre bien l’importance de l’iode. Avant d’abuser des algues, sachez toutefois qu’un excès d’iode peut également être nocif pour la glande thyroïde.
Vitamine C – Facile à trouver dans l’alimentation, la vitamine C joue un rôle primordial pour notre peau, nos cheveux, nos os, nos ongles, nos dents, et notre système immunitaire. Mais nombreux sont ceux qui ignorent que la vitamine C est également importante dans la formation de la T4 et pour l’activité thyroïdienne.
Vitamine D – Elle est souvent considérée comme une hormone stéroïdienne, en raison de ses propriétés et de sa capacité à pénétrer dans toutes les cellules du corps. Quand la T3 active est libérée dans l’organisme, elle a besoin de vitamine D pour entrer dans les cellules et y remplir son rôle. Une carence en vitamine D se traduira par une quantité de T3 active errant dans l’organisme sans avoir nulle part où aller !
Comme vous le constatez, beaucoup de nutriments sont impliqués dans le fonctionnement de la thyroïde, et beaucoup de façons pour celle-ci d’être affectée par des carences. Mais une présentation de la thyroïde serait incomplète sans aborder les formes auto-immunes de la maladie thyroïdienne. Les affections auto-immunes sont celles dans lesquelles le système immunitaire ne reconnait plus un organe ou un tissu donné, et réagit en l’attaquant et en cherchant à le détruire. La « thyroïdite de Hashimoto » est le nom donné à l’hypothyroïdie auto-immune, et la « maladie de Basedow » à l’hyperthyroïdie auto-immune. Dans ces affections, le système immunitaire attaque la glande thyroïde et provoque un tableau symptomatique qui ressemble à celui provoqué par la thyroïde elle-même. Le traitement de ces affections auto-immunes nécessite une approche particulière, visant le système immunitaire et non la glande thyroïde. Un traitement centré sur le régime alimentaire et le système digestif peut réduire l’inflammation de façon significative, permettant au système immunitaire de s’apaiser et à la thyroïde de reprendre son activité. Il existe souvent une infection virale ou une dysbiose bactérienne sous-jacentes aggravant la situation et entrainant une suractivité du système immunitaire (3). L’identification et le traitement de ces problèmes aident à contrôler les maladies auto-immunes et à normaliser les résultats de l’analyse sanguine.
Consultez un professionnel de santé pour savoir exactement quelle quantité de ces nutriments vous devez prendre, et connaitre la meilleure façon de vous assurer un fonctionnement thyroïdien optimal.
Références
- Trentiny, D. / S. Hotze. “Progesterone & thyroid: A hormonal connection essential for optimal women’s health.” HypothyroidMom. · http://hypothyroidmom.com/progesterone-thyroid-a-hormonal-connection-essential-for-optimal-womens-health/ · Updated 2013 10 17.
- Zimmerman, M., et al. “The impact of iron and selenium deficiencies on iodine and thyroid metabolism: Biochemistry and relevance to public health.” Thyroid Vol. 12, No. 10 (2004): 867–878.
- Prummel, M., et al. “The environment and autoimmune thyroid diseases.” European Journal of Endocrinology Vol. 150, No. 5 (2004): 605–618.